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Avant | 20 juin 2003

L’ouvrier est en bas, dans la cour, je passe sur le balcon, je regarde vers le bas, il regarde vers le haut, signe de la main. D’abord il m’a vu, a désigné du doigt, vers le haut, à l’attention de quelqu’un d’autre, à qui il parlait. Peut-être paranoïaque, pas important. Je sais que je me suis fait des films, j’écrivais que je me trompais peut-être, je me trompe sûrement. Matinée off, je pourrais aller à la plage, mais il est déjà neuf heures et demie. Il fait chaud dans la chambre. Je me suis dit hier que je me calmais, j’ai passé soixante-dix-sept minutes en ligne. Je n’ai pas joui, j’espérais plus. Encore. Je n’ai pas joui, je me suis rhabillé, je suis passé sur le balcon, j’ai regardé vers le bas, l’ouvrier a regardé vers le haut. Bien entendu, il ne se passe jamais rien dans ces cas-là. Bien entendu, il ne se passera jamais rien.
J’ai signé le contrat hier soir. J’ai mis sous enveloppe. Je vais les appeler maintenant, ou dans quelques minutes, tranquille. Je me suis demandé : qu’y a-t-il à dire ? Mais j’ai envie d’appeler, donc j’appelle. Ne pas recommencer à la Dustan : baliser à chaque action. Envie d’appeler, envie de dire : j’envoie le contrat, c’est signé. Et après ? Envie de demander : et après ?
Il fait chaud, mal dormi, transpiré, je n’ai pas joui, je pue.

Bon donc :
Parution pour la fin de l’année ou le début de l’année prochaine.
Texte à aérer surtout, donc propositions de travail par e-mail : j’envoie le texte, il me renvoie les suggestions de travail en rouge, on se met d’accord, je renvoie le texte par mail, et c’est tout bon.
Pour la quatrième : une photo et quelques lignes biographiques.
Pour la couverture : mes suggestions au plus tôt (pour une parution de fin d’année il faut faire des présentations au distributeur vers la fin août, donc si l’on est d’accord sur le visuel rapidement, c’est encore mieux ; en plus il y a l’acquisition des droits éventuels de représentation de l’image).
« Merci, Henri…
— Non, merci à vous ! »
Plus qu’à aller à la poste, envoyer le contrat signé. L’aventure recommence.

Finalement joui. Avec Nick – américano-asiatique (dit-on : sino-américain ?).
Finalement joui, au retour de la poste, de la Brasserie Provençale (un café-crème). Il y avait un e-mail de H&O, intitulé « Oubli », Henri me demandait s’il me restait un exemplaire de Laura, qu’il avait envie de lire. Non, mais je vais en acheter un. En envoyer un. Envoyer les propositions de couverture. Frissons à propos des formats de texte sur internet – et si ça ne fonctionnait pas ? Mais il est trop tôt pour me stresser.
Profiter de la journée. De la perspective.
J’ai appelé Géraldine, son portable était sur messagerie, j’ai laissé quelques mots.
J’ai envoyé un e-mail à Jean-Pierre, et un télémessage disant : « contrat posté +++ ».
J’ai envoyé un e-mail à Sophie Moleta à propos du prochain livre, et un autre à Kinu qui voulait en savoir plus : j’ai donné le titre, et la date supposée de parution.
Profiter de la journée, la perspective. Du week-end qui s’annonce, Six feet under ce soir, et dimanche, à nouveau. Ciné ? Plage ?
Profiter des choses qui se mettent en place, sourire encore, parce que je suis heureux. Parce que même si ce n’est que H&O, le livre va exister. Le texte. Femme qui marche. Jean-Loup et Antoine.
Un autre commencement, plutôt qu’un recommencement.


_résidence Laurent Herrou | Avant | 20 juin 2003

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
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première mise en ligne et dernière modification le lundi 24 juin 2013