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Laurent Herrou | 24 octobre 2003

Lyon. Chambre d’hôtel, le Saint-Paul.
Lorsque l’on est arrivé, hier, la fille à l’accueil nous a appris que les toilettes n’étaient pas dans la chambre, elle a demandé : ce n’est pas un problème ? Moi, sur le coup, non. Et puis, quand même… Finalement, ce n’en est pas un : j’arrive à péter aussi bien que si j’étais chez moi. C’est au tour de Jean-Pierre, il est vingt heures. Je devais voir Manu à dix-huit heures trente, il avait du boulot, il a annulé, on est dans la chambre, Jean-Pierre et moi, Jean-Pierre qui revient des toilettes, se déshabille, il dit : je vais passer sous la douche. La douche est très propre, la chambre est très propre, en fait on est très bien dans cette chambre, sans les toilettes dans la salle de bain. Seulement, on a réservé uniquement pour deux nuits parce qu’après ils n’avaient plus de place, on a trouvé une chambre ailleurs, pour les filles, au même prix, dans un ancien couvent de carmélites rebaptisé Hôtel Iris – adresse que nous avait donnée Jackie. On a visité les chambres, ça nous plaisait beaucoup, on a une réservation pour nous pour dimanche, mais demain soir… ? Mystère : le Saint-Paul n’a pas d’annulation et l’Iris pour le moment, rien. Donc : demain soir on est à la rue. Je pourrais demander à Manu de nous loger pour une nuit. Je ne sais pas quand je le verrai, il a laissé deux messages déjà, le premier pour dire qu’il était charrette, le second en sortant du taf, à sept heures et demie, il espérait me voir demain, ou après-demain, répétait les mots : demain, ou après-demain, ou demain… Il y avait quelque chose de touchant, de très adolescent dans sa façon de dire. J’ai souri. Jean-Pierre a demandé : c’est de qui, le message ? J’ai dit : c’est à nouveau Manu. Il ne voulait pas venir avec moi, Jean-Pierre, après il a dit : pourquoi pas… Il a rechangé d’avis, c’était avant le message où Manu disait qu’il ne pouvait pas se libérer à l’heure. Demain, je ne sais pas. Les filles arrivent au train de onze heures, à la Part-Dieu, on va les retrouver, on les emmène à l’Hôtel Iris. Jean-Pierre a demandé : tu crois qu’on prend la voiture ? Je n’y avais pas réfléchi. Il a dit : on a une bonne place, ce serait con de la perdre. On ira en métro. On rit parce qu’en arrivant ici, j’ai déclaré que j’allais tout mettre en œuvre pour détester Lyon. Je dis donc à tout bout de champ : tu as vu ceci, ou cela… Je continue : ah ! Je déteste cette ville. On rit. On rit, on fait l’amour aussi. Deux fois déjà. Hier soir, en se couchant et ce matin, au réveil. Jean-Pierre s’exclame au milieu de la journée, il dit : deux fois, tu te rends compte ! Et : vivement ce soir. Ou demain matin. Il se sèche, il s’habille, moi je suis nu sous les draps.
J’ai pris un papier et un stylo dans son sac, au café ce matin, et je me suis entraîné à signer « Nina Myers ». Jean-Pierre a dit qu’elle signerait en minuscules, et les lettres coulent sous mes doigts, ninamyers… Il regarde, il dit : c’est ça, tu le maîtrises bien.
Je suis nu sous les draps, le portable sur les genoux. Sur les cuisses en fait, étendues, le portable sur les cuisses, je tape du bout des doigts. Dans le lit, le torse nu qui est offert par-dessus les draps, la couverture, la couette. Jean-Pierre est habillé lui, il me demande comment on procède, il m’interrompt beaucoup. Je lui en veux un tout petit peu parce que c’est lui qui m’a incité à écrire et à présent, il veut savoir ce que l’on fait, comment, comment on se retrouve. Il commence une phrase, se rend compte. Il dit : je te dirai après.
Je ne lui en veux pas, ce n’est pas le mot.
Je me suis arrêté, on a reparlé de la chambre pour demain soir. Puis il est parti vérifier la voiture, les éventuelles contraventions. On a rendez-vous dans dix minutes en bas, un quart d’heure au plus. Il faudra que je me lève, m’habille, il faut que je quitte l’écriture – ou la pensée d’écriture : ne pas projeter mes pensées vers autre chose, ne pas chercher une connexion, une idée. M’en tenir là.
On a vu Elephant, le Gus Van Sant, la Palme d’Or 2003.
On ira voir autre chose, peut-être, ce soir, après dîner.
20:20.


_résidence Laurent Herrou | Avant | 24 octobre 2003

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
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première mise en ligne et dernière modification le samedi 7 décembre 2013