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Avant | 21 juin 2003

Je passe la journée sur l’ordinateur, je m’occupe de la publication. Je veux dire : j’écris mes textes biographiques (j’en ai pondu une cinquantaine, que j’ai lus à Jean-Pierre, explosant de rire de l’un à l’autre, on a fait une sélection précise), je scanne les photos de couverture, on essaie de choisir ensemble une photo de moi – elles datent toutes d’un an, Jean-Pierre propose de faire une nouvelle pellicule, je ne dis pas oui, pas non, je ne sais pas, j’ai envie que ça parte, j’ai toujours envie que ça parte, que ce soit fait. J’écris une lettre à Henri, je la date du 23, lundi, date à laquelle je la posterai. J’écris que j’enverrai dans la semaine un exemplaire de Laura, et mon texte par mail. J’écris, je m’occupe de la publication. Jean-Pierre de son côté travaille son film, on se fout mutuellement la paix. On s’aide de temps en temps. On s’embrasse, on se fait un café. Il est dix-sept heures trente. J’ai envie de baiser, Jean-Pierre demande : tu es en manque ? Emmanuel m’a offert un service de presse du Guide du sexe gay de Rémès, que je parcours de temps à autre, trouvant l’écriture nulle. Jean-Pierre demande : tu es en manque ? Le suis-je ?
J’ai envie de baiser, il demande : pourquoi tu ne te déshabilles pas ? Je reste dans mes fringues, depuis ce matin, juste viré le tee-shirt, la longueur des cheveux colle au cou, je pourrais attacher les cheveux, ça tire en arrière, je laisse les mèches dégoutter sur mon front, mes épaules, il fait terriblement chaud. Jean-Pierre dit : pourquoi tu ne tapes pas dans le salon, il y fait meilleur… ? Je réponds que j’aime être à mon bureau, que c’est ma place. Là. Entre branle, et caméra, et scan, et imprimante (qui manque d’encre après la lente impression du Mask de Herb Ritts) et le journal, il dit : et le portable ? Mais je confie le portable à Françoise dans une semaine, ce ne sera plus, pour deux semaines, mon portable.
Mon écriture.
Le livre en cours, le livre à venir, le livre… Je l’ai dit à Marie, en même temps qu’à nouveau à Séverine, au déjeuner vendredi. J’ai écrit à Sophie Moleta, qui vit à présent en Nouvelle Zélande, il y avait une réponse ce matin, à propos de sa nouvelle vie. Un e-mail de Nathalie de Londres, aussi, hier, que je n’ai pas lu. Rien d’autre, je crois, si : un truc d’Olivier Garcin, mais je n’ai pas pu l’ouvrir. Il n’y aura rien pendant un bon moment, il ne faut pas m’attendre à trop, trop vite. Il faut laisser faire la patience, j’ai écrit une cinquantaine de petites biographies, des amusantes et des plus sérieuses, surtout des décalées, je me suis demandé : est-ce bien cela qu’il faut faire ? La photo : je me trouve moche, mais je me trouve moche tout le temps, en même temps, si je les choisis, ces photos-là, c’est que je m’y trouve moins moche. Moche quand même.
Exemple de bio :
« Laurent Herrou aurait voulu s’appeler autrement, il aurait voulu être quelqu’un d’autre, avoir un autre physique. Il fait avec, il écrit des livres, il vit à Nice, et aura quarante ans le 6 juillet 2007. »
Ça va avec l’histoire des photos.
J’ai envie de baiser, peut-être pas forcément avec Jean-Pierre, peut-être pas forcément avec quelqu’un, peut-être même que la seule envie que j’aie, réellement, c’est celle de me branler. Peut-être qu’il faut que je le fasse. Au moins ce serait fait. Balancer la purée. Rémès dit qu’il n’y a pas de mal à ça. Merci, Erik…
Samedi, week-end.
Jean-Pierre s’est réveillé ce matin, il avait mis le réveil, il s’est levé, a pris sa douche, il est venu près de moi, m’a caressé les fesses, il a dit : il faut se réveiller, petite puce… J’ai grommelé : pourquoi ? Il a dit : pour aller travailler… Je croyais qu’il plaisantait, en vérité il n’avait pas intégré que j’étais moi aussi en week-end, ça nous a fait rire, ensuite il s’est rallongé, les ouvriers ne sont pas venus, il n’y a pas eu de bruit, et l’on a pu se rendormir jusqu’à onze heures.
Samedi, week-end.
Juin.
Juillet. Août. Septembre.
Octobre.
Et : novembre, ou décembre. Ou Janvier 2004.
Le contrat dit : « publication dans les six mois à compter de la remise du texte définitif ». Il dit aussi : « le texte définitif est à remettre au plus tard le 31 juillet 2003 ». Henri a précisé : pour une parution en fin d’année, il faudrait faire la présentation au distributeur, aux représentants, au plus tard fin août. C’est encore mieux si on a déjà un visuel… On va l’avoir. La lettre écrite, qui part lundi 23.
Il fait chaud, face à l’écran. La position assise, qui m’incite à d’autres positions. À d’autres chaleurs, d’autres suées. Tu es en manque ? me demande Jean-Pierre. Je ne sais pas.

Le 21 juin s’étale lamentablement sur l’écran de télévision. C’est la fête de la musique, c’est l’été.


_résidence Laurent Herrou | Avant | 21 juin 2003

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
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première mise en ligne et dernière modification le mardi 25 juin 2013