christophe grossi & invités

Accueil > la chambre d’amis > Avant | résidence Laurent Herrou > Laurent Herrou | 26 octobre 2003

Laurent Herrou | 26 octobre 2003

Hôtel Iris, chambre 11.
Hier soir, Nina Myers a peut-être joué un rôle dans les deux épisodes de 24 que nous ne verrons que demain soir – si l’enregistrement a bien fonctionné. Dans le cas contraire, il nous faudra attendre la rediffusion vendredi soir, avant les deux épisodes suivants, samedi prochain. Je voulais adresser des cartes postales signées « ninamyers », je ne savais pas à qui les envoyer. Résultat : ce n’est qu’un projet, à peaufiner. Ou bien : parler à Pierre Denan du projet Nina Myers. Ou encore : attendre que Jean-Pierre ait fait son film – il en a écrit le scénario. Il a dit : il faudra faire des recherches, il parlait des DVD, il lui fallait des images de Nina Myers (je suppose). J’ai répondu qu’il était en vacances, qu’il n’aurait que cela à faire pendant que je travaillerai à la Fnac.
Je n’ai pas envie de retourner à la Fnac. Je rêve du boulot, presque sans arrêt, de livres à rechercher, ou des collègues. Plus tôt j’ai pensé dire à Jean-Pierre que nous pourrions rester à Lyon – en quelque sorte, porter manquant. Je sais que nous ne le ferions pas : je ne sais pas être malhonnête.
Jean-Pierre dans la chambre – le bruit.
On a visité à nouveau la Sucrière, et Villeurbanne. Hier le Musée d’Art Moderne. Le Rectangle. On a suivi la Biennale, on a terminé. On a tout vu, et revu avec les filles. On a dîné dans un bouchon hier soir – j’ai trop bu. J’ai dit à Jean-Pierre que j’avais envie de faire l’amour, je l’ai sucé de retour dans la chambre, dans le noir, bouche affamée, j’ai dit que je voulais des queues, des grosses queues, à la librairie gay j’avais repéré les comics de Patrick Fillion publiés par H&O, ceux que Henri doit me faire parvenir, j’avais bavé devant la taille des sexes, le contenu me semblait, je ne sais pas, pas forcément aussi abouti que les couvertures glacées, mais qu’importait… Jean-Pierre a joui sur mon torse, et j’ai joui sur mon ventre, je me suis fait jouir. Je n’ai pas connecté internet depuis trois jours, bien que j’aie eu, je crois, la possibilité de le faire – je ne l’ai pas vérifié. J’ai pensé qu’il y avait AOL sur l’iBook, donc une ouverture vers les hommes en ligne. Les photos. J’ai envie de regarder les photos, je sais que je pourrais en trouver plusieurs dans le dossier d’archives de l’iBook. Jean-Pierre est descendu à la voiture, je pourrais, là, regarder une queue se tendre, pour moi, sans moi.
Je pourrais.
A quoi bon ?
On a joui trois fois depuis Lyon, deux fois la première nuit (nuit et matin), une fois hier soir. On a joui ensemble, on a fait l’amour – on ne baise pas. Jean-Pierre ne me prend pas, il faut dire qu’il a une irritation sur la verge, qu’il a voulu prendre rendez-vous chez le dermato, mais le gars affichait complet, lui proposait une date en décembre, Jean-Pierre a demandé s’il pouvait rappeler, au cas où quelqu’un se désisterait. C’est comme avec les hôtels, on prend la place des gens qui font des no show. Le dermato a dit ok, mais en attendant Jean-Pierre ne peut pas baiser. Ou n’ose pas baiser. Ou ne sait pas s’il peut baiser. C’est sans doute moi qui lui ai refilé un truc, ma bouche, mon cul, c’est sans doute à l’intérieur de moi que se développent les microbes. Je suppose qu’après son rendez-vous, il y aura un rendez-vous pour moi. Je n’ai pas peur des microbes, il suffit de les tuer.
Ce pourrait être la piscine aussi.
Pourquoi là ? demande Jean-Pierre, en désignant son sexe.
Hôtel Iris.
Une nuit sans avoir eu besoin d’un désistement. Une nuit, la dernière à Lyon : on rentre demain, on regagne Nice dans l’après-midi. J’ai dit aujourd’hui que je ne parvenais finalement pas à détester Lyon, ça lui a arraché un sourire. On pourrait vivre ici, les filles se sont extasiées sur le fait que nous connaissions la ville vachement bien, quand même. On va dîner dans un bouchon, ce soir encore, on ne sait juste pas encore où.
Je ne parle pas du livre, même si je pense au livre.
Il y avait une œuvre à la Sucrière, d’un gars qui travaillait à partir d’autres œuvres connues, bien entendu il avait choisi Femme qui marche de Giacometti. Il n’y avait pas le titre, juste la silhouette de la sculpture, reconnaissable entre toutes. Je ne cherche plus les signes, le livre est sur la voie de la parution. Pourvu qu’Henri ne m’ait pas fait un coup vache en envoyant le service de presse sans attendre ma signature possible. Mais c’est possible. Que cela se passe comme ça.
Jean-Pierre dit : non, ne t’inquiète pas.
J’ai calculé hier : ça fait vingt jours que Henri m’a envoyé son dernier mail. La nouvelle du livre peut arriver d’un jour à l’autre. Comme un accouchement, j’ai eu les premières contractions il y a vingt jours. Là ça commence à traîner. Il faudrait que le bébé sorte.
Il faudrait.
Lyon, 17:50.


_résidence Laurent Herrou | Avant | 26 octobre 2003

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
BY-NC-SA (site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)
première mise en ligne et dernière modification le lundi 9 décembre 2013