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kwakizbak #58

« Dans son essence, la création monétaire ex nihilo actuelle par le système bancaire est identique (...) à la création de monnaie par des faux-monnayeurs, si justement condamnée par la loi. Concrètement elle aboutit aux mêmes résultats. La seule différence est que ceux qui en profitent sont différents. » (Maurice Allais (1911-2010), prix Nobel d’économie en 1988)

 
 

 
 
Kwakizbak est amoureux d’une furie. Ça se dévisse se démet se disloque les os dans sa tête la bécane (attention chaussée glissante). Pour se démêler les jambes et les cheveux il propose d’emmener Myakhda (c’est une surprise) au musée de la fausse monnaie. Ça se déglingue une porte, la tête à l’envers, ça se remet en place (la phrase ne tourne pas rond). Au beau milieu de ce temple ils apprennent que les faussaires la plupart du temps travaillent seuls ou en petite équipe, entre hommes surtout et qu’il y a parmi eux autant d’imprimeurs, de dessinateurs ou de graveurs que de pharmaciens ou d’industriels. Ça se détraque le temps, ces heures à refaire le tour des ciels (éternelle ritournelle au moment de retourner frapper l’étain, le plomb et le zinc). Et Myakhda demande alors au guide :

— Mais les femmes et les femmes alors quoi hein elles sont sûrement aux fourneaux pendant ce temps c’est ça ?

Croyant détendre l’atmosphère le guide répond que les épouses et les enfants de faux-monnayeurs leur filent souvent un coup de main au lieu de préparer le petit salé aux lentilles ou d’apprendre leurs tables de multiplications. Ça se dédouble, la langue la voix, face à ce qu’ils auraient radoté ailleurs (le réel, c’est quand on se cogne). Alors ils s’embrassent devant les assignats, les effets royaux, les billets de confiance et face à tout un tas de pièces et de billets qui manquent soudain d’air – pas les faux-monnayeurs mais Myakhda et Kwakizbak.

En sortant du musée, Kwakizbak offre à Myakhda un mille-feuilles (leur dessert préféré) et un faux billet de cinq cents qui a la taille d’une affiche de cinéma et sur lequel il a écrit Roule-moi dans la farine. L’appartement de Myakhda est aussitôt retourné, la table renversée, les livres éparpillés. Ils joueront ensuite toute la nuit aux faux-monnayeurs cernés par les brigades spéciales dans ce studio sous les toits, ils mourront ensemble main dans la main et penseront se réveiller au paradis des faussaires au moment même où les voisins viendront leur rappeler que la vie peut être un enfer.

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
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première mise en ligne et dernière modification le vendredi 18 juin 2010