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kwakizbak #64


 
 
Myakhda a suivi un homme, encore un, et l’a perdu de vue. À chaque fois c’est pareil.

Maintenant elle est sous terre, dans une gare de RER avec Kwakizbak tout près qui compte les bips. Elle regarde autour d’elle, elle parle aux gens mais ils ne peuvent entendre son pépiement, ils ne devinent pas qu’elle perçoit avec précision la tension qui monte. Les autres se croisent et se bousculent sans se poser les questions qui affoleraient, les questions de Myakhda, celles qu’elle adresse à ceux qui, sans lui répondre directement et sans le savoir non plus, lui livrent des bouts de conversations, un peu de leur intimité.

Myakhda poursuit son observation, visages et figures, gestes et tenues. Kwakizbak conjure la mort, il compte (243 bips en moins d’une heure).

Depuis des mois une autre figure obsède Myakhda et ce n’est pas celle de Kwakizbak, ça vient de plus loin.

— Lequel, demande-t-elle ?

Des vies défilent devant elle qui ne bouge plus. Des familles en devenir ou défaites. On la frôle, à droite à gauche, elle n’ose plus se déplacer d’un millimètre.

— Lequel d’entre eux, se demande-t-elle ?

Myakhda est devenue un animal. Comme son père, cette notion vague – celui qu’elle prend pour son père disons.

Ça va ça vient. On commence à s’ennuyer ici, pas vous ?

— Mais lequel, bordel ?
— Ne trouves-tu pas que la plaisanterie a assez duré, demande Kwakizbak ?
— Mon père est une blague, répond Myakhda.
— Mais qui en rigole ?
— Je suis le produit d’une blague, de ces conséquences, qui se diffuse.

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
BY-NC-SA (site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)
première mise en ligne et dernière modification le jeudi 15 juillet 2010