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sans K#4


 
 
« J’ai passé quelques jours en compagnie de Kwakizbak dans les plaines de Krigouly il y a une dizaine de jours de cela, m’écrit Yapaktoi (conchyliologue, morphinomane et amateur d’eunuques qui vient de fêter ses quatre-vingt-dix-huit ans). Il nourrissait des girafes neurasthéniques en s’aidant d’échasses et d’échelles bricolées. Il faisait d’ailleurs le bonheur des enfants et les adultes l’ont adopté immédiatement. Dommage que vous n’ayez pu voir avec quelle adresse il se déplaçait ! On avait beau lui dire, Descends descends viens manger viens te reposer lire ton courrier dors un peu, il disait toujours, Non je vois mieux d’où je viens là où je suis. Autant dire qu’on le croisait rarement les pieds sur terre. Et ses échasses il ne les abandonnait que pour ranimer ses patientes puis, une fois qu’elle étaient revenues à elles, alors seulement il filait. Une fois je lui ai dit, Kwak t’es beau comme ça sur tes échasses droit comme un i et lui m’a répondu, C’est parce que le i est rouge. Vous voyez, il n’a pas changé... Et puis il est bien conservé pour son âge et toujours aussi distingué (la dernière fois que je l’ai vu il n’avait pas quarante ans pourtant). Les enfants s’amusent beaucoup de sa mèche grisonnante et rebelle qui dans le vent s’agite et fait coucou aux passants qui, du coup, le saluent aussi et soulèvent alors leur galurin ou leur chien quand ils ne sont pas couverts. (Ils ignorent que Kwakizbak était un grand dresseur de mèches rebelles quand il était plus jeune.) »

La semaine dernière Mistika aurait partagé un ragoût de lapereaux aux olives avec lui au milieu d’un quelconque désert, Luquéjean l’aurait aidé à poncer une croix de quatre mètres de haut, Kudakud, une de ses anciennes maîtresses, reçoit chaque jour depuis sa disparition une carte postale sur laquelle il colle des tickets de caisse, entourant à chaque fois des numéros qui devraient avoir un rapport étroit avec ceux de la loterie nationale. Rien en revanche du côté de Shelle et de Myakhda. Rien de neuf ici non plus. Je sais juste qu’il ne demande pas de mes nouvelles, qu’il ne relève pas ses courriels et qu’il me tiendra au courant de son retour, dixit Elizaleg avec qui il aurait eu une longue discussion dans un musée pourtant fermé depuis deux ans pour cause de tableaux volés.

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
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première mise en ligne et dernière modification le vendredi 10 février 2012