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quotidiennes LIII (14/s44)

_vue quotidienne, jamais la même toile
#montreuil #regardeleciel

 
 
 
 

_sous le carrelage la page – « date limite d’inscription, mars 1968 »
(station Louvre-Rivoli pendant les travaux) [1]
#paris #métropisme #ligne1 #palimpseste #temps #travaux #louvre

 
 
 
 

_un peu de Châtillon-sur-Seine – d’hiver et d’ailleurs [2]
#vix #bourgogne #regardeleciel

 
 
 
 

_si Modigliani avait vu ce magnifique visage, l’aurait-il aimé, l’aurait-il peint, l’aurait-il emmené avec lui dans ses nuits ?
(Musée du Pays Châtillonnais)
#vix #musée #sculpture #bourgogne

 
 
 
 

_détail du vase en bronze découvert dans une tombe princière en 1953 à Vix, fabriqué au VIe siècle avant JC en Italie du Sud (Grande Grèce)
#vix #bourgogne

 
 
 
 

_hommage à André Breton : coquetterie [3]
#vix #musée #bourgogne #andrébreton #reflet

 
 
 
 

_déesses mères portant une corne d’abondance
(Vertault 1er-3e siècle après JC)
#vix #musée #basrelief #bourgogne

 
 
 
 


_Photos : Montreuil, Paris, Châtillon-sur-Seine, Vix (27 octobre-2 novembre 2014)
 
_Le projet de GRAINS D’INSTANTS est de remonter le temps en images à partir du 18 avril 2012 où j’ai posté mon premier instantané sur le réseau social Instagram, en reprenant ou en modifiant les légendes et, en suivant son évolution, de voir ce que peut créer ce décalage spatio-temporel. Pour en savoir plus sur cette rubrique, suivez ce lien.

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
BY-NC-SA (site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)
première mise en ligne et dernière modification le dimanche 17 avril 2016


[1La station Louvre-Rivoli (ouverte pour la première fois en 1900) est actuellement en chantier. Les copies d’œuvres d’art exposées au musée du Louvre ont été enlevées, les vitrines décrochées, les carrelages muraux arrachés, les murs ont été grattés. Subsistent ici et là quelques reliefs de la station avant sa dernière rénovation à la fin des années soixante : un extrait du règlement intérieur, une date limite d’inscription (mars 1968 : sous le carrelage la page) à un concours d’entrée (à la RATP ?), un plan incomplet de Paris avec ses lignes de bus où je repère le quartier de la Bastille (pensées pour Mathilde Roux), celui de la Gare de l’Est (pensées pour Pierre Ménard) avec au Nord la rue La Fayette (pensées pour Anne Savelli) et de la Porte de Montreuil, des inscriptions incomplètes, qu’on déchiffre, qu’on devine (DÉFENSE DE STATIONNER, EN VENTE PARTOUT...), un ancien logo de la RATP. Sur ces empilements, sur les anciens carrelages et les morceaux de ciment, on a inscrit à la bombe orange des chiffres (non photographiés), sans doute destinés à ceux qui vont venir recouvrir ce qui a réapparu avec la destruction et va s’effacer à nouveau, ceux-là qui ajouteront bientôt une nouvelle couche, une énième strate à l’histoire récente de l’homme et ses déplacements sous la ville. Alors ce palimpseste souterrain disparaîtra sous le neuf, le blanc, le brillant, le « métro + beau » jusqu’à la prochaine fois. Parce que le temps gagne toujours. (d’autres photos ici)

[2Dimanche dernier, il a fait nuit une heure avant les jours précédents. Aujourd’hui, vers 16h30, dehors depuis une bonne heure, assis sur une chaise repeinte, tentant de lirécrire, regardant surtout le paysage, les chats, les oiseaux, les chevaux, je savoure ce moment si agréable tandis que nous nous rapprochons de la Toussaint. Il fait extrêmement beau. Sur les coups de 15 heures, j’ai d’abord enlevé ma veste puis vers 16 heures j’ai noué une écharpe afin de réchauffer mon cou mais maintenant, c’est le bas du dos (« les reins » disaient « Nonna ») que j’aimerais épargner. Alors j’enfile ma veste en laine qui avait été jetée sur une chaise à côté et cette chaleur soudaine, dans la légère froidure qui pointe et l’humidité renaissante, a l’odeur du cacao de l’enfance, celui qu’on me servait au goûter ; oui c’est bien ça : ce geste-là – celui de se vêtir au cœur de l’automne – a l’odeur du gâteau trempé dans le cacao, celui qui provenait d’une boîte orangée sur laquelle un poulain noir (qui me rappelait sans doute le cheval de Zorro) m’emmenait à cru dans le plaines, là où les forêts sombres n’existaient pas, là où les hommes n’avaient pas détruit ce qui ailleurs avait été élevé avant de s’écrouler.
La lumière en cette fin d’après-midi donne aux objets, aux herbes et aux feuilles, aux peaux et aux pelages une couleur dorée.
J’écris un peu, je m’arrête, je lis, je m’arrête, en réalité je ne suis pas très concentré, disons que je ne le suis que le temps de quelques phrases lues, écrites, entendues : je passe d’une chose à une autre, le dos légèrement voûté, la tête baissée, le menton contre l’écharpe, et le contraste est saisissant entre les doigts raidis par la fraîcheur du jour qui décline et la chaleur dégagée par la grande écharpe (« mixte » avait dit C. tandis que je cherchais la mienne en début d’après-midi, sachant d’avance qu’elle me serait utile, une fois l’heure de l’enfance revenue).
Depuis plusieurs semaines, je manque de concentration : l’attente (laquelle ?), inutile pourtant, brise tout élan mais l’amitié adoucit le tournis. Bientôt le jour des morts.

[3« Ce serait coquetterie de chercher plus loin que ce que vous suggérez : certainement, la découverte du trésor de Vix. J’aurai donné une part de ma vie pour être là, le 8 janvier 1953 à la nuit tombante, quand Moisson, "cultivateur et fossoyeur" (sur la voie de l’alchimie) découvrit la première anse du vase, qui lui parut une “selle de cheval”. » (André Breton, « Réponse à une enquête du “Figaro littéraire” », catalogue de la vente, 2003)