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Corderie | Lecture d’Emmanuelle Pagano

Chaque livre que publie L’atelier contemporain dans sa collection « Littérature » est le fruit de l’association d’un auteur et d’un artiste. Comme pour Ricordi, c’est le peintre Daniel Schlier qui a bien voulu accompagner Corderie mais j’en reparlerai dans quelques jours.
Car il y a un autre compagnonnage que l’éditeur, François-Marie Deyrolle, a initié dès sa première publication et je voudrais en dire quelques mots aujourd’hui. Pour chacun des titres de la maison d’édition, un.e auteur.e propose sa « lecture » en ouverture du texte à venir. Une « lecture » n’est pas une préface ni un avant-propos. Une « lecture » est une plongée, un regard différent de celui de l’éditeur, un regard et une voix d’écrivain.e.
Je lis Emmanuelle Pagano depuis plusieurs années maintenant, avec attention, avec émotion. J’achète tous ses livres chez P.O.L (j’en profite pour vous inviter à lire le bouleversant texte qu’elle vient de mettre en ligne sur le site de P.O.L où elle revient sur ce qui les liaient, Paul Otchakovsky-Laurens et elle) ou encore aux Inaperçus. Je suis attaché à son exploration des failles enfantines, familiales, à sa tentative de remettre d’aplomb ce qui tangue en chacun de nous, à son travail autour des lignées, des fils, des liens qui nous occupent ou se coupent. « C’est bête, mais magnifique est l’endroit où on vit, ça dépend de comment on se lève, comment on regarde au-dehors, ça dépend de si on regarde », écrit-elle dans Les Adolescents troglodytes (P.O.L, 2007). J’aime aussi ses paysages qui ressemblent à ses personnages, habités et seuls, entourés par d’autres solitudes. Et ce que son écriture tisse dans chacun de ses livres est précieux dans mon « lirécrire ». Il y a comme des affinités électives entre ce que je lis d’elle et ce que je tente d’écrire. Car le lien, les liens, les lignes, les nœuds, les cordages, les fils et ficelles, sont également au cœur de Corderie. Alors, quand mon éditeur m’a annoncé qu’Emmanuelle Pagano avait accepté d’accompagner ce récit, j’ai sauté de joie. Puis j’ai reçu sa « lecture », son tissage, sa voix si singulière, cette corde sensible avec laquelle pourtant elle semble écrire sans trembler au cœur de la corderie, entourée des vivants et des morts.
Je souhaitais aujourd’hui la remercier à nouveau et vous faire lire un extrait de sa « lecture ».
 
 
 

 

« 
(...)
Avoir des enfants n’empêche pas de se sentir seul, seul au milieu de la lignée, de la corderie. Christophe Grossi décrit bien ces moments de solitude : ceux que l’on cherche avidement, lorsqu’on est parent, à retrouver, ceux qui s’imposent même au milieu des autres. Ces moments de solitude qui nous manquent ou qui nous surprennent, alors qu’on est tout sauf seul.
À l’inverse, au moment où l’on se retrouve, parfois et pour un temps, effectivement seul, en déplacement, au travail, ils sont tous là : nos enfants, nos parents, grand-parents, tous les membres de la famille, de la corderie, occupant soudain nos pensées, et nous accompagnant dans cette solitude.

Pendant que les enfants s’étirent pour habiter leur corps, qui s’étire à son tour pour contenir leur énergie, les parents tentent d’habiter les lieux où vivre avec eux.
Mais jamais rien ne va dans les maisons, une petite sœur naît et il faut déménager encore, on ne sait plus où on habite. On est à l’étroit, on est encombrés.

Pour s’y retrouver, pour se retrouver aussi, au milieu des nœuds et des paquets, on tire un autre fil, celui de l’écriture. Le livre de Christophe Grossi est jalonné de lectures, de citations qui aident à s’orienter. Il contient des phrases qui fabriquent d’autres cordes, celles que lui-même sait tresser : écrire.
C’est d’une autre famille qu’il s’agit, d’autres liens sont en train d’être tissés : ceux du livre qui s’écrit, nous reliant, nous, lecteurs.
Et les auteurs, les vivants et les morts, comme les vivants et les morts de la famille, tous ceux qui forment la corderie, escortent les mots de Christophe Grossi.


Emmanuelle Pagano »



Corderie à L’Atelier contemporain :
Texte de Christophe Grossi, dessins de Daniel Schlier, lecture d’Emmanuelle Pagano.
À paraître le 16 février 2018.
Diffusion/Distribution France & Belgique : Entre livres / Belles Lettres
Diffusion/Distribution Suisse : Zoé
Livre relié, 14 x 22 cm, 144 pages, 25 €
ISBN : 979-10-92444-48-3

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
BY-NC-SA (site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)
première mise en ligne et dernière modification le lundi 12 février 2018