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quotidiennes XL (14/s28)

_21:35
#montreuil #temps [1]

 
 
 
 

_vue sur la Noue vers 22:30
#montreuil #nuit #regardeleciel #tours [2]

 
 
 
 

_toiture végétalisée, verrière et fil électrique sous la pluie
#montreuil #végétalisation [3]

 
 
 
 

_beloved
#montreuil #aujardin [4]

 
 
 
 

_Chaissac spirit
#montreuil #corderie #legrand #dessin #couleurs [5]

 
 
 
 

_le contrat de confiance
#montreuil #streetart #tattooestàtoi [6]

 
 
 
 

_L’orchestre, Nicolas de Staël, détail
#paris #beaubourg #staël [7]

 
 
 
 


_Photos : Montreuil, Paris (7-13 juillet 2014)
 
_Le projet de GRAINS D’INSTANTS est de remonter le temps en images à partir du 18 avril 2012 où j’ai posté mon premier instantané sur le réseau social Instagram, en reprenant ou en modifiant les légendes et, en suivant son évolution, de voir ce que peut créer ce décalage spatio-temporel. Pour en savoir plus sur cette rubrique, suivez ce lien.

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
BY-NC-SA (site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)
première mise en ligne et dernière modification le dimanche 10 janvier 2016


[1Nuit mauvaise, journée blanche, soirée douce. À 21:35, nous levons nos verres. J’apprends que j’aurais dû naître dix jours plus tôt, en juin. Je suis donc plus âgé que l’acte de naissance ne le prétend. Mais ici, on ne compte pas les mois passés dans l’obscurité utérine. Sept mois ou neuf : la vie démarre officiellement à la lumière, par un cri. « On ne va pas chipoter pour quelques jours ni même quelques mois. »

[2Nuit mauvaise, dans le noir je vois des éclairs, des pointillés : c’est le temps qui passe et ses hachures.
Lapetite se tient pour la première fois assise sans qu’on la soutienne, sans qu’elle soit adossée ; assise sur le canapé, pendant quelques secondes, trente ou peut-être même une minute ou deux, elle parvient à attraper un pied puis l’autre avant de basculer sur le côté en riant, plusieurs fois.

[3Nuit mauvaise.
Végétalisation du toit-terrasse sous une pluie battante.
Séances de gymnastique avec Lapetite.

[4Nuit mauvaise. Nous sommes de moins en moins patients, de plus en plus irritables. Engueulades à deux heures du matin. Il pleut sans discontinuer, la maison fuit. Sur le rebord des fenêtres, les chiffons sont gorgés d’eau. Sous la verrière, les gouttes tombent à intervalles réguliers dans le seau qui a la couleur de nos mines : grises.
Il pleut tout le jour, il fait à peine 20 degrés dans la maison.
Je me renseigne sur les quantités qu’ingurgite en général un bébé de 8-9 mois. Visiblement je ne lui donne pas assez. Peut-être que ses réveils nocturnes, ses pleurs au milieu de la nuit, viennent de ce manque. Je me sens coupable. Ce soir elle aura une soupe en plus de sa tétée.
Je me couche très tôt, délaisse les travaux en cours, prends quelques notes, commence plusieurs romans, n’en poursuis aucun : je voudrais dormir vingt-quatre heures d’affilée sans me réveiller.

[5Nuit moins hachée.
J’entends « papa » mais aussi « mama » et puis « ata » qui peut être son frère. Il me semble que dans la baignoire, après lui avoir montré le lapin sur le livre de bain, elle a dit « atin ».

[6Lapetite est très agitée ; pleine de pulsions, avec sa main elle cogne sur tout ce qui est à sa portée, sur elle, sur nous, elle pince mon nez, tire les cheveux, griffe, elle rit quand je la chatouille et le rire est communicatif, elle pleure, elle geint, elle se plaint, elle me parle, elle me regarde, elle demande que je la regarde, elle se tient presque assise, elle commence à vouloir marcher, seulement sur moi, elle me marche dessus, ma fille me marche dessus et je la laisse faire en vue de son indépendance prochaine, sa liberté – la marche qu’elle acquiert en marchant sur son père comme Legrand grandit en cherchant à me faire tomber.

[7Nuit mauvaise malgré la soupe supplémentaire.