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quotidiennes XXXVI (14/s24)

_d’eau l’enfant, d’eau [1]
#montreuil #parlavitre

 
 

_chariot dedans [2]
#montreuil #danslamaison #nuit

 
 

_enfance de l’art [3]
#montreuil #corderie #expo

 
 

_un monde de revues [4]
#paris #beaubourg #revues

 
 

_« la plus part » et « quelque soit » : évaluer en saignant [5]
#montreuil #école #évaluation #CP #fautes #corderie

 
 

_« se in poison carnivore » : réponse de l’évalué [6]
#montreuil #apprentissage #corderie

 
 

_rencontre du jour [7]
#vincennes #parczoologique #aigrettes

 
 


_Photos : Montreuil, Paris, Vincennes (9-15 juin 2014)
 
_Le projet de GRAINS D’INSTANTS est de remonter le temps en images à partir du 18 avril 2012 où j’ai posté mon premier instantané sur le réseau social Instagram, en reprenant ou en modifiant les légendes et, en suivant son évolution, de voir ce que peut créer ce décalage spatio-temporel. Pour en savoir plus sur cette rubrique, suivez ce lien.

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
BY-NC-SA (site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)
première mise en ligne et dernière modification le dimanche 6 décembre 2015


[1Combien de réveils cette nuit ? Trois, quatre ? Je n’arrive même plus à les compter.

[2Lecture de Regarde les lumières mon amour d’Annie Ernaux (collection Raconter la vie, Seuil). Annie Ernaux, « pour tenter de saisir quelque chose de la vie qui se déroule là », comme souvent, utilise le journal, forme qui correspond le plus à son tempérament « porté à la capture impressionniste des choses et des gens, des atmosphères ». Dans ce journal tenu durant une année, Annie Ernaux parle de ses visites dans un grand hypermarché de la région parisienne. Lisant ce qu’elle dit de la manière de voir, de capter, de capturer les « choses et les gens », j’ai soudain le sentiment que ce que j’écris en ce moment n’est pas très éloigné de cette manière d’être, de faire, de relier : être à la fois présent et absent du monde afin, peut-être, de le rendre plus palpable pour soi. Tenter de l’écrire pour mieux comprendre ce qu’on y fait ? Puis se demander pourquoi avoir noté ceci et pas cela, conscient que ça disparaîtra bien que j’aurai tenté d’arrêter, un temps, le temps, conscient aussi que ce travail est illusoire mais qu’il m’est pour l’instant nécessaire, conscient enfin que ce que je suis mourra, s’effacera et disparaîtra dans le temps (ou bien : est déjà mort) mais que ce que j’aurai observé et inscrit, en revanche, ne m’appartenant déjà plus, ne sera peut-être plus marqué par le temps, qu’il pourra ressurgir à n’importe quel moment, quelles que soient les mains et les bouches futures, quels que soient les lèvres et les doigts à venir. Cette mémoire-là me dépasse.

[3Lapetite sourit, charmeuse ; le jour, la relation entre elle et moi est de plus en plus forte, ce qui ne m’empêche pas de ne plus supporter ses pleurs en pleine nuit. Dois-je me sentir coupable ?

[4Dialogue entre Legrand et moi autour de voitures aux phares ronds dans un carré : « un peu plats et jaunes, ça ne te dit rien ? » puis sur sa surprise après avoir visité une mine d’argent et ramené une vraie pierre en argent : « c’est normal ils travaillent dans une mine, ils ont de l’argent ».

[5Lapetite se réveille en pleurs, je parviens à la rendormir, Legrand m’appelle – pipi au lit –, je change les draps, Lepetite se réveille à nouveau, impossible de la rendormir, C. l’allaite pour l’apaiser, se rendort à 5h passé, la lune est pleine et notre impatience aussi.
Jour de relâche : RTP (réduction du temps parental), marché de la poésie, retour dans la chaleur souterraine avant la kermesse de l’école (malaise : le monde, le bruit, la musique mainstream trop forte, l’attente de sa merguez) ; demi-tour, retour à la maison, spaghetti aux trois couleurs et coucher tardif pour les enfants.
Lire Martin Page, lentement.

[6Le matin, avec Legrand, nous cherchons un cadeau pour un de ses copains. J’aimerais éviter d’acheter un jouet de marque mondialisée. Après de longs conciliabules nous trouvons un jeu de société édité par une société indépendante.
Pendant la sieste de Lapetite, après avoir sorti deux fauteuils du salon, je lis le Manuel d’écriture et de survie de Martin Page en soulignant quasiment une phrase sur dix de son essai. J’aurais aimé lire un texte comme celui-là il y a vingt ans, j’en aurais eu besoin. À partir d’une correspondance entre un écrivain (Martin) et une lectrice qui écrit (Daria), il pose des questions essentielles sur l’écriture, le quotidien et le métier d’un écrivain, ses outils, ses doutes, ses exigences ; ses conseils ne tombent jamais à plat ; à travers les réponses de Martin, nous devinons quelles ont pu être les questions de Daria dans sa lettre (que nous ne voyons jamais) ; dans ses réponses, Martin parle de lui et du monde, de sa vision, des difficultés, comment les contourner ou les affronter ; cet essai est aussi une réflexion sur la maladie d’être au monde et le bonheur de vivre en connaissance de cause grâce ou avec l’écriture et quelques soutiens.

[7Encore plusieurs réveils nocturnes. Lapetite se lève un peu plus tard que les autres jours, C. peut récupérer, je vais faire des courses.
Après le déjeuner j’hésite entre écrire ou siester, j’opte pour la sieste mais ne parviens pas à dormir, je me lève en regrettant de ne pas avoir écrit.
En fin d’après-midi, nous partons au parc zoologique de Vincennes, la foule est moins dense mais je ressens à nouveau cette sensation de malaise dès qu’il y a plus de dix personnes autour de moi, Legrand joue au blasé, dans la grande serre les visiteurs m’ont l’air plus sympathiques que dehors, l’heure tardive sans doute, celle qui attire ceux qui aiment la (relative) tranquillité.
Lapetite joue avec son nez, découvre qu’elle peut faire du bruit avec sa bouche, ses lèvres, sa langue.
Dans un coin du zoo réservé au pique-nique, sur une table en plein soleil, gisent les restes d’un gâteau en forme de tigre, la tête de l’animal est à peine entamée : pourquoi l’avoir abandonné là ? Les gens pensaient-ils vraiment que quelqu’un allait le terminer ? À côté, un employé du zoo fait tomber le chariot dans lequel il balançait des sacs poubelle pleins à craquer – partout, la société de consommation dans son jus.