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ricordi | feuilleton #8 Daniel Schlier

L’édition imprimée de Ricordi comporte des dessins originaux, cinq diptyques, du peintre Daniel Schlier. Je n’avais jamais encore « travaillé » avec un artiste autour de l’édition d’un livre imprimé. C’est François-Marie Deyrolle, éditeur à L’Atelier contemporain, qui a eu la bonne idée de nous réunir et je dois dire que le résultat m’a soufflé. Plus qu’un accompagnement, Daniel Schlier a créé des dessins qui sont le fruit de ses lectures et des questions suscitées par les fragments mais aussi de sa vision sensible du monde. Loin d’illustrer l’ensemble ils prolongent l’écriture des fragments, comblent les manques, ouvrent d’autres voies. La couverture, où se cognent deux masques archétypaux de l’époque traversée (la douleur et l’insouciance des années 40 à 60) à partir des contours du pays déchiré, est également de lui. Sans jamais lui avoir rien suggéré, Daniel Schlier a choisi comme unique couleur le rouge qui, pour moi, était celle du texte. Je voudrais ici le saluer, à la fois en reproduisant un extrait de sa lettre écrite début août et en faisant défiler plus bas les diptyques tels qu’ils apparaissent lorsque le livre est ouvert (le doigt qui tient le livre est celui de l’éditeur qui est également l’auteur de ces images).
 

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« (...) À la 3/4e lecture il devenait de plus en plus évident que ce texte est assez tragique et parle d’une Italie dure et souffrante sous la douceur de la dolce vita des années 50/60.
Un jeu duel : fascisme/communisme, nantis/pauvres, nord/sud, etc.
De façon elliptique les dessins parlent de :
1) masque et statue antique lapidée se regardant, deux versions « città eternale » entre Carnaval et marbre antique.
2) et 3) des voyeurs regardeurs formant rideaux de scène, matant un acrobate un peu grossier et une starlette type. Par sa litanie, le « Mi ricordo » me renvoyait en permanence à un « sur-moi » extérieur qui regarde ce qui se trame sous ses yeux, le « Je se souvient » dont tu parles Christophe, le « je est un autre », etc. L’acrobate (saltimboco) et la starlette renvoient à des images récurrentes de l’Italie.
4) profil de Mussolini et Italie à l’envers comme Mussolini avait été pendu. Tu parles de Zorio en évoquant l’Arte Povera et sa pièce majeure reste à mes yeux cette carte de l’Italie en verre découpée, accrochée à l’envers comme le Duce. Jeu de renvoi à des images et situations. La carte est entourée de grotesques générés par les côtes du pays. Les deux sont suspendus au dessus de ce que l’on pourrait qualifier d’eau (?).
5) clin d’œil personnel à mon sport favori mais pour autant une belle métaphore de ce texte. Les portraits lointainement esquissés de Coppi et Bartali. Là encore leur fameuse opposition entre fantasque et bling-bling de l’un contre le pieux Bartali, qui vient l’été dernier d’être admis aux Justes d’entre les nations par Israël. Tout le monde ignorait ses actes durant la guerre, même sa femme et enfants, jusqu’à sa mort.
Deux philosophies de vie. Inutile de dire que Coppi ressemble à une grenouille sur un vélo alors que Gino, c’est la classe absolue... et anti-dopage dès l’époque ! En hébreu, l’inscription sur sa stèle en Israël. (...) »

 

Daniel Schlier, extraits d’une lettre reçue en août 2014.

 


Ricordi, à paraître le 7 octobre 2014 à L’Atelier contemporain
Textes : Christophe Grossi, dessins : Daniel Schlier, prière d’insérer : Arno Bertina.
 
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écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
BY-NC-SA (site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)
première mise en ligne et dernière modification le lundi 6 octobre 2014