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Juliette Mézenc | sans titre

Dispositif : je regarde la photo qui me regarde. Que voit-elle ?
Hypothèse : elle voit à partir d’elle-même. C’est sa structure qui me regarde.

 
 
Photo n°1 : la gare de triage de Villeneuve-Saint-Georges, dans le val de Marne. Photo Gilles Rolle. REA.

Elle voit mes vies qui se rejoignent, s’accolent, se recoupent, se télescopent peut-être, elle ne voit pas très net. Mais ça ne fait pas sac de nœuds. Pas trop peur, non plus.
Elle me dit : tu fais fleuve et sens. Puis elle lâche ma main.
 
 
 
Photo n°2 : l’armée tente de contenir les derniers résistants de la place Tahrir, hier, au Caire.

Elle voit un jeune homme, Guillaume, resté captif derrière la barrière de ses dents. La langue lui avait pourtant déroulé un large tapis rouge.
 
 
 
Photo n°3 : une usine électronique à Suzhou, dans le Jiangsu, en juin. Les citadins gagnent trois fois plus que les ruraux.

Elle voit une fête.
 
 
 
Photo n°4 : la friche industrielle du Môle Seegmuller, ouverte pour Ososphère, le 11 février, à Strasbourg.

Elle regarde et elle dit : je n’ai pas envie de voir. Laisse-moi regarder.
 
 
 
Photo n°5 : arabes de France, Ali Essaidi.

Elle voit une construction faite de briques et de troc, avec des ajouts de-ci de-là, rien n’est droit et c’est tagué, tatoué, écrit dans tous les sens et littéralement, un foutoir elle voit, je me dis, mais ça n’engage que moi.
 
 
 
Photo n°6 : photo-montage from C.

Elle voit des voies où ne pas s’engager, les interdictions tombent en panneaux prédécoupés. Des tu ne en queue leu leu. Elle dit qu’elle ne préfère pas commenter, qu’elle n’est d’ailleurs pas là pour ça.


Ce matin-là Juliette est invitée à écrire à partir d’une phrase de Louise Warren : "sans fenêtre il n’y aurait pas de monde". Mais, absorbée par le Libé du jour, elle rate son arrêt de tram. J’écrirai quelque chose à partir du journal, se dit-elle alors. Et ce texte, le voilà, ici aujourd’hui sur ce site. Alors, un grand merci à elle pour sa confiance et sa proposition d’écriture en échange. Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore le travail de Juliette Mézenc, visitez son site [mot maquis] qui abrite son très beau journal du brise-lames, ses autres projets en cours et des ateliers d’écriture.

Ce texte a été écrit dans le cadre des vases communicants. Une fois de plus, sans Brigitte Célérier nous aurions été paumés ; grand merci aussi à elle d’avoir tenu à jour la liste des 19 échanges du mois que vous retrouverez ici ou . Pour découvrir ma proposition du mois, from J., suivez le guide.

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
BY-NC-SA (site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)
première mise en ligne et dernière modification le vendredi 4 mars 2011