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Laurent Herrou | 16 octobre 2003

Sorti de la douche, nu. Trempé. Il y avait des hommes sur le toit d’en face, je marchais dans le salon en m’essuyant, ils regardaient vers moi, je me suis dissimulé dans un angle mort. J’ai terminé de me sécher ainsi, en masquant ma nudité. Puis j’ai accroché la serviette sur le balcon en me penchant difficilement, sans me découvrir : il n’y avait plus personne sur le toit.
Jeudi matin.
Je ne veux pas parler du travail, ce n’est pas intéressant.
On a dîné chez Jackie hier soir, Jean-Pierre avait acheté un plateau de coquillages, j’avais fort heureusement bien déjeuné, j’ai bu du vin blanc en grignotant des crevettes grises, j’ai plutôt bien digéré malgré tout. Ce matin au réveil, c’était comme au sortir d’une éternité noire, il n’y avait plus rien. Le bonheur du repos, la chaleur du corps enveloppé dans les rêves obscurs. Je me suis demandé si la mort serait confortable, elle aussi. Douillette. Ça m’a rappelé des mots écrits dans Laura. Pierre Denan m’envoie son Je à titre gratuit, je réponds que je suis « confus et ravi ». J’en fais trop, je le sais. Je me retiens d’écrire : je vous rends la pareille bientôt. Même si c’est en prévision. J’envoie quelques mots à Philippe de la Fnac, je n’écris pas à H&O. J’ai dîné avec Florence, de chez Vilo, on a peu parlé du livre en comparaison du temps que l’on a passé ensemble ; elle a quand même avancé qu’elle le défendait, qu’elle n’avait pas terminé sa mise en place, qu’elle comptait sur certains, était déçue par d’autres libraires. À Marseille, notamment. J’ai proposé des lieux de dédicace, je tenais à Lyon, j’ai parlé de Paris, un autre représentant qui était dans la salle de travail alors que Florence présentait mon titre à Karine (qui en a pris trente exemplaires pour le magasin, a demandé un service de presse) a proposé Avignon, une Nathalie Espandieu, dans une librairie appelée Mémoires du Monde. On a évoqué Montpellier : Sauramps, me disait Florence, refusait de distribuer la collection H&O sous prétexte qu’elle était vendue dans des lieux gay de la ville (une boutique notamment, pas loin de chez Christine Angot). Ils lui avaient répondu : ça va comme ça… Elle n’avait pas insisté. Olivier doit être mal, Céline a passé un télémessage en réponse au mien qui demandait s’ils avaient reçu les épreuves en disant que son internet déconnait, qu’elle avait lu, aimé et répondu, mais que la réponse ne me parviendrait pas avant quelques jours. Elle concluait par : « T’aime. » J’ai trouvé ça joli.
Un peu mal à la tête quand même – le vin…
J’ai joui face à la photo d’un type sur un banc, en short blanc qui laissait échapper un sexe lourd, posé sur sa cuisse droite, torse nu, très velu, et visage rejeté en arrière de sorte que l’on ne voyait que sa barbe, très noire. J’ai joui, sage, méticuleusement, je suis passé sous la douche, il est 9:15.

J’ai répondu à Pierre Denan ce matin, j’ai envoyé un mail idiot, je sais que j’en ai déjà parlé : à l’arrivée, ce soir, il n’y avait rien dans la boîte aux lettres, et je me suis senti encore plus idiot. Rien dans la boîte postale, la boîte e-mail contenait une blague d’Isabelle d’Art-Jonction, que je n’ai pas pu ouvrir, AOL me déconnectant après que j’avais téléchargé le nouveau programme de l’Espace Magnan envoyé par Estelle ; il y avait aussi – mais qu’était-ce ? – un troisième e-mail… Je ne me souviens plus.
Si : la réponse de Ghislaine au petit mot que je lui avais envoyé à propos de la mort de sa mère.
J’ai croisé Philippe à la Fnac qui m’a un peu décontenancé à propos de la signature – même s’il était heureux que cela se fasse. Il disait que l’on n’allait pas faire un carton, il parlait du papier à en-tête Fnac, il disait : on peut l’imprimer là-haut… Il ne me laissait pas parler, je n’avais il faut le dire pas grand-chose à dire – ou ne trouvais pas la façon de le lui dire, debout au milieu de la rue, lui revenant de son déjeuner, moi y allant. Cela n’a pas encore trop grande importance cela dit. Il y aura des choses, je pense, à régler avant, la signature du service de presse par exemple – si signature à Béziers il y a. Florence de Vilo allait à Béziers aujourd’hui, je me disais que j’en saurais peut-être davantage ce soir – mais rien encore. Et puis Florence ne m’avait pas dit pourquoi elle allait à Béziers, autant ça n’avait pas de rapport avec H&O.
Je réfléchis tout haut.
Je réfléchis tout haut, je tape à l’envers : je veux dire, j’ai l’impression de taper n’importe comment, mes doigts ne retrouvent pas leurs marques sur les touches et je bourre mon texte de fautes de frappe dont je suis conscient, hélas. En parler, juste en parler et cela va tout de suite mieux : je traque l’erreur, je parle de l’erreur de conduite, de comportement. Je la traque, elle disparaît, honteuse. Je n’ai je crois rien à dire – et c’est ce qui différencie les jours où la frappe est fluide, harmonieuse, et un soir comme celui-ci.


_résidence Laurent Herrou | Avant | 16 octobre 2003

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
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première mise en ligne et dernière modification le samedi 30 novembre 2013