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Laurent Herrou | 2 septembre 2003

Il a demandé : on va quelque part, hein ? Il a tendu sa main, qui tremblait : le désir. J’ai répondu que j’avais un rendez-vous, je déjeunais avec Claire. J’ai demandé quand même s’il habitait près de la piscine, il a répondu : non, loin. Il a dit où, un village après Nice. J’ai dit : ce sera un beau fantasme, alors…
Il faudrait que je sois capable d’arracher de ma figure ce simulacre de sourire que j’affiche quand je ne sais pas ce que je veux. Cette fausse certitude. Ils marchent, cela dit.
Il a attendu que je sois prêt, on est parti ensemble. Il m’a attendu devant sa voiture, puis il m’a suivi par le petit chemin, en voiture. Je me suis retourné, j’ai dit : je ne crois pas que les voitures soient admises dans ce chemin, il a répondu : sauf les riverains. J’ai poursuivi : et tu n’en es pas un. Il a essayé une fois encore, et encore une fois, plus bas dans le chemin (il avait coupé son moteur) mais j’avais pris ma décision.
Je me suis demandé si j’allais raconter ça. Je me suis demandé s’il fallait raconter ça. Je me suis dit hier en rentrant de la piscine que j’avais des choses à faire, qui me détourneraient de ça. Je suis allé arroser les plantes, chez les parents qui étaient absents, j’ai baissé le pantalon, sorti ma queue et me suis branlé jusqu’à la jouissance en pensant à ça.
Il ne m’excitait pas, non : c’est la situation. C’est toujours la situation.
Il a dit : c’est dangereux, ici, il voulait dire : les douches, j’ai répondu que c’était ça qui m’excitait. Je ne l’avais pas vu en arrivant à la piscine, en avance parce que j’avais rendez-vous avec Claire en ville à une heure et demie. Je suis allé nager, j’ai rejoint ma serviette et le livre de Jeanette Winterson. À un moment donné, j’ai changé de place parce que les gens à côté de moi mangeaient et que ça sentait la bouffe. J’ai posé le livre, je suis allé nager une nouvelle fois, je voulais être mouillé pour pouvoir me laver les cheveux sous la douche – à cause des pellicules. J’ai ramassé ma serviette, je suis parti vers les vestiaires. Quelqu’un a poussé la porte, c’était lui.
Je l’ai reconnu tout de suite : c’était le gars qui se caressait de l’autre côté de la piscine en juillet, face à moi, imitait mes propres gestes en regardant vers moi. J’avais dit alors que ce n’était pas de la drague, juste un jeu.
Comme sous les douches.
Je l’ai reconnu tout de suite, il a regardé vers moi comme un animal traqué, j’ai dit : salut. J’ai pris le savon liquide (qui n’était pas un shampoing), je suis parti vers les douches. J’ai commencé à me laver en entrant la main dans mon maillot, il y avait le truc dans mon ventre. Il est venu dans les douches rapidement, s’est mis un peu loin de moi. Puis au fur et à mesure que je savonnais mon entrejambe, me faisais grossir, il s’est approché. Il m’a montré sa queue, je lui ai montré la mienne. Puis les fesses, idem. Il a dit que c’était dangereux, il a quand même fait aller ma queue d’avant en arrière entre ses doigts, en retirant la main très vite, comme s’il se brûlait.
Je ne me suis pas demandé ce que je faisais.
Jean-Pierre était à l’école, on allait se retrouver plus tard, en ville ou à la maison. Et puis il resterait seul le soir parce que Séverine organisait un barbecue sur son balcon. Je ne pouvais pas l’écrire dans le journal, j’avais peur que Jean-Pierre entre dans mon journal à la recherche de quelque chose.
À Paris, j’ai raconté à Cécile et Florence que Jean-Pierre m’avait fait la gueule, et une scène, lorsqu’en revenant de Paris où j’étais monté seul, il avait lu que leur voisin, Jean-Marc, m’avait embrassé en me passant une main dans les cheveux, amicalement. Florence a dit que c’était un garçon tactile, toujours en quête de toucher, Jean-Marc. Que c’était pénible parfois. Cécile, elle, a relevé le truc, elle a dit à Jean-Pierre : tu lis le journal de Laurent dans son dos ? Elle a cité un réalisateur de ciné ou un auteur qui avait fait une remarque sur l’intimité du journal, mais la citation m’a échappé. J’ai souri. Jean-Pierre s’est contenté d’une pirouette, il a dit : oui, quand je cherche quelque chose. Ou : non, sauf si j’ai un doute. Il a ajouté : il y avait des raisons, non ?
Il n’y a pas de raison.
Je me suis demandé si ça valait le coup que je le raconte, si, en racontant ça, je ne donnais pas trop d’importance à un événement qui n’en a pas vraiment – ce qui serait ma défense si Jean-Pierre venait à le découvrir.
Tu ne vois pas que ça n’a aucune importance ?
On a joué à touche-pipi dans les douches, puis la même chose dans le vestiaire en se séchant et en s’habillant. Comme des enfants, à exhiber nos attributs. Il tremblait de désir, moi j’affichais ce sourire crétin du mec sûr de lui. Qui ne passerait pas à l’acte après. Il ne s’est rien passé, à peine des effleurements. Sa main sur ma queue, la mienne sur la sienne. J’ai dit : t’as une belle queue ! un peu fort, il a répondu : chut ! ça résonne… Ça m’a fait rire.
Il a dit en redémarrant sa voiture : cette piscine ferme bientôt, j’ai répondu que je le savais, que ce serait donc : un beau fantasme. Je voulais lui dire de se masturber en pensant à moi, mais ça devenait trop intime, les mots ne passaient pas la barrière de mes lèvres.
Il m’a embrassé aussi, avec la langue, rapidement, en tenant la porte du vestiaire pour que personne ne rentre.
Ça me fait bander un peu, débander aussi. Il se peut qu’il soit là à nouveau, aujourd’hui, demain, jeudi, vendredi. Samedi c’est le dernier jour de piscine, Jean-Pierre à la maison. Il se peut que l’on monte à la piscine, il se peut qu’il y soit aussi. J’en ai marre de me faire peur. De m’interdire des trucs parce que je me fais peur.
Je n’ai pas écrit le journal parce que j’avais peur que Jean-Pierre, seul, à la maison, y cherche quelque chose, qu’il y trouverait.
Je n’aurai pas envie de monter à la piscine samedi de peur que le gars soit là, qu’il me fasse un geste, un clin d’œil, qu’il m’adresse la parole.
En même temps, de quoi ai-je peur ?
En marchant vers la poste hier matin, je suis passé devant la station-service : il y avait un très beau gars, assez grand, un tatouage autour du bras gauche, débardeur. Quand il a vu que je le regardais, il a eu un sourire pour lui-même. Il a fait mine d’entrer dans sa voiture, il a attrapé son paquet à pleine main, a serré deux fois. Sans regarder vers moi. Je me suis dit que certaines personnes n’avaient peur de rien.
Dans les douches, j’ai fait durcir ma queue, l’ai sortie, l’ai exhibée, l’ai branlée : je me suis fait la remarque, plus tard, qu’à ce moment-là non plus, moi, je n’avais peur de rien. Il n’y a rien qui fasse peur là-dedans. C’est un jeu. C’est du sexe. C’est la vie.
J’ai touché sa queue, j’ai remarqué : tu mouilles. J’ai porté ma paume à mes lèvres, je me suis arrêté net. Je me suis demandé ce que je faisais, j’ai pensé au sida. Je me suis trouvé très con après. Dans l’après-midi j’ai eu l’impression que mes lèvres enflaient. Que ma bouche me picotait. Que le tour de ma bouche était rouge, cramoisi. Que l’on voyait sur ma figure qu’il y avait eu péché.
Péché, le mot est dit.
« Catholique, donc coupable. »
C’est une phrase de mon texte en cours. D’un de mes textes en cours.
Je me suis branlé chez les parents qui n’étaient pas là. Puis je suis allé chez le kiné plus tôt que prévu, pour pouvoir retrouver Jean-Pierre ensuite. Je suis passé par la Fnac, j’ai acheté le CD de la femme de Tricky, Martina quelque chose. J’ai acheté du vin pour le barbecue, j’ai rencontré Nathalie dans les rayons, avec son bébé, sourire magnifique. Il y avait une odeur autour de Nathalie – c’était les couches ? Je suis remonté vers la maison, je suis arrivé avant Jean-Pierre. Je me suis installé dans le salon, j’ai repris la lecture du Jeanette Winterson, sur l’adultère, très bien, que j’ai terminé. La veille je terminais le David Calvo avant de l’abandonner (de le libérer !) à l’office du tourisme de la gare de Nice. Jean-Pierre est arrivé un peu plus tard, il était énervé par son trajet. Quand je suis revenu de chez Séverine vers onze heures et demie, il était énervé par ses échecs de copie de DVD sur l’ordinateur portable.
C’est la rentrée pour tous les deux.

Il n’y a pas d’e-mails.
Je veux dire : il n’y a pas d’e-mails à propos de Femme qui marche. Je crois que c’est tout ce qui m’intéresse. Il y aura peut-être du courrier. J’espère qu’il y aura du courrier. Quand le téléphone a sonné, c’était Maman. Ils arrivaient en Bretagne, chez ma tante. J’ai demandé : tout le monde va bien ? Elle a répondu qu’il n’y avait que mes tantes, qu’ils allaient être tranquilles. Je n’aurais pas dû poser la question.
Il n’y a pas d’e-mails à propos de Femme qui marche, il y a des mots de Sophie. Des mots de Cécile. Il faudra m’en contenter.

Martina Topley-Bird.

Je me suis masturbé ce matin, j’ai pensé à hier, j’ai joui sur mon ventre – sur internet, ça ne marchait pas. J’ai joui hier, chez les parents, seul ; et hier matin aussi, sur internet cette fois, devant des photos que je connaissais déjà. Ou devant rien, je ne sais plus, les yeux au plafond. Avant la piscine. Ce matin encore : avant la piscine.
Le gars était à la piscine, du moins y est-il arrivé après moi. Il a installé sa serviette à côté de la mienne, j’ai eu des sueurs froides. Je me suis dit que je l’avais cherché. On a donc parlé. De lui, de moi. Il a dit : je te connais d’un grand magasin, non, ça commence pas par un F ? J’ai dit oui. Il a dit : F comme Frustration. Parce que j’avais dit d’entrée de jeu qu’il n’y aurait rien de plus. Il a dit : F comme Fabuleux. F comme Fantastique. Il a dit : D comme Déclencheur, quand j’ai commencé à le psychanalyser. Il a dit : je travaille dans l’éducation nationale, je suis psychologue. Je me suis dit que c’était bien ma veine. On a discuté verbalisation. Il avait eu un plan cul internet en juin, très frustrant, parce que le gars ne verbalisait pas. J’ai répondu que l’on était soit dans le plan cul, soit dans la verbalisation. Que si on était dans les deux, on cherchait déjà autre chose. Qu’il fallait connaître ses désirs, savoir ce que l’on voulait. Il vivait avec le même mec depuis douze ans. J’ai demandé : tu as quel âge ? Il avait trente-quatre ans. Je me doutais que malgré le physique il était plus jeune que moi. On a continué de discuter. On a parlé une heure et demie je crois.
Il a dit : je ne nage pas beaucoup.
Il a dit aussi : je ne suis pas vraiment venu pour nager aujourd’hui. Mais au cas où. C’est là que j’ai dit qu’il ne se passerait rien de plus. J’ai dit : moi je n’en ai pas envie.
F comme Frustration.
J’ai répondu : ou F comme Frustré. J’ai dit que je ne passais pas à l’acte, que c’était comme ça. Qu’il fallait connaître ses désirs. Que moi, les miens, c’était d’être un allumeur. Touche-pipi, pourquoi pas. Après ça, je n’étais pas sûr. Il a demandé : est-ce que touche-pipi c’est tromper ? Je lui ai répondu que j’avais l’impression d’être dans une émission d’Ardisson, ça l’a fait rire. Il a dit qu’il aurait bien eu envie de l’enfoncer ailleurs. Je ne sais plus s’il parlait de sa queue ou de la mienne.
Ça s’est détendu peu à peu, mais je n’aimais pas le fait qu’il soit allongé auprès de moi. Ce n’était pas sa place. Dans les douches, queue tendue s’il voulait. Sans un mot. Après les mots (la verbalisation) c’était trop tard. J’ai demandé s’il s’était branlé, il a répondu qu’il avait gardé pour aujourd’hui au cas où. Il a fait plusieurs tentatives, j’ai réfléchi à l’opportunité. Mais non. Il ne me plaisait pas vraiment, c’était la situation qui était excitante. Celle d’hier.
Là, c’était lourd.
Jean-Pierre et moi on a finalement fait l’amour dimanche, il m’a pris vraiment bien, cela faisait longtemps que ça n’était pas arrivé. Il a dit, enfoncé en moi : ça faisait si longtemps. Je n’ai pas répliqué que c’était quand il le voulait, mais qu’il fallait qu’il le dise. Ou qu’il ait l’air d’en avoir envie. J’ai savouré son corps en moi, planté, loin. Il a joui le premier, moi ensuite, sa queue encore au fond. Je ne voulais rien d’autre que cela. Je crois que je ne pensais à personne d’autre à ce moment-là.
Est-ce que fantasmer c’est tromper ?
J’ai répondu que tromper ça ne voulait rien dire. Ça ne veut rien dire. Ça n’a jamais rien voulu dire. Il faut connaître ses désirs. Ceux de l’autre. Il faut faire coller les premiers avec les seconds. Il faut quitter le cas échéant, lorsqu’il n’y a pas de compatibilité possible. Il faut savoir quitter. J’ai dit aussi que Jean-Pierre (sans citer son prénom) ne me quittait pas lui non plus, qu’après tout on était deux dans cette relation-là. C’est parce qu’il disait que Jean-Pierre ne l’avait pas regardé, pas une seule fois. Mais qu’il lui semblait bien que Jean-Pierre avait remarqué que je le regardais, moi. La première fois.
J’ai dit : il est jaloux.
Il a dit : mon mec est jaloux, si on passe ensemble à la Fnac, je ne sais pas si…
Ça m’allait.
J’ai dit que j’allais rentrer chez moi, il a répondu qu’il ne savait pas ce qu’il allait faire. J’ai répondu : va nager. Il est arrivé dans les vestiaires rapidement après moi, le vestiaire était plein, moi je m’habillais déjà. Il a pris son savon, m’a jeté un regard en filant vers les douches, j’ai souri. Je ne me suis pas lavé, j’ai fini de m’habiller, il revenait des douches. J’ai dit au revoir à la cantonade, nouveau sourire, je suis parti. Il a peut-être essayé de me rattraper mais une voiture bloquait le chemin réservé aux riverains. Avant de partir du bord de la piscine, j’ai dit que s’il voulait me voir, il pouvait toujours passer à la Fnac. Que l’on discuterait.
Je n’ai jamais dit que j’étais un auteur.
Au retour j’ai envoyé un message à Jean-Pierre : « back from pool +++ » auquel il a répondu par : « bonap +++ ». Je suis à la maison, chez moi, chez nous. Il y a un nouveau livre à finir, je parle de lecture, j’ai commencé le Neil Gaiman, Coraline. Je descendrai en ville dans l’après-midi pour la séance chez le kiné. Ce soir Jean-Pierre est à S.I.S. Je n’ai pas envie de faire grand-chose. Je ne suis même pas excité.
Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas.

Branlé encore merde merde merde. Rien foutu d’autre de la journée que ça : me branler. Encore une fois, nulle. Merde merde merde, je ne fais que ça, je n’arrive à rien d’autre. Merde faut que ça s’arrête. Marie a demandé hier : tu ne t’ennuies pas ? On évoquait mon arrêt de travail, j’en suis à deux mois maintenant. J’ai répondu non, que je lisais, que j’écrivais, que j’allais à la piscine, que je sortais déjeuner avec des copines. Aujourd’hui que dalle : je ne suis bon à rien. Le lit : pas encore fait. La vaisselle : rien. Il est 15:30, je n’ai même pas envie de descendre chez le kiné. Je n’irai pas. Voilà, je vais ranger la maison, je n’ai pas envie de descendre en ville. Malin. Ce n’est pas comme si c’était un rendez-vous fixe, précis. C’est n’importe quoi : une salle à l’image d’une salle de gym, et je te branche une électrode là, et tu tires sur l’espalier ici, et je te masse un peu le coude. Et je parle avec tout le monde en même temps – et : « Ça avance, vous ne trouvez pas ? – Oui, oui… et la ratatouille, avec quoi ? »
Merde merde merde.
Ce n’est même pas intéressant ce que j’écris – on s’en fout. À quoi bon tenir un journal si c’est pour raconter ça ? Que je me branle. Ma vie. Ma vie, tu t’en branles hein ? Hubert. Parce que c’est septembre, parce que j’écris à Hubert, que ça fausse tout. Parce que depuis le 25 août, je me dis que je vais envoyer le mois de septembre à Hubert, qu’il ne faut pas lui dire… Chut ! Une surprise. Ça fausse tout. Tout est faux. Ma vie est fausse. Je me branle, ça oui.
Et alors ?
Il y avait un e-mail de H&O. Quand j’ai reconnecté internet pour me branler : ça ne m’a pas arrêté, je suis quand même allé jusqu’au bout. Mais il faudrait que je cherche une couverture, les photos de Jean-Pierre ne correspondent pas à l’image qu’ils ont de la couverture. Il faut que je cherche, que je trouve. Que j’aie une idée, une autre idée. Henri parle de peinture, une silhouette, sobre. Je pense toujours à Giacometti, en même temps… Je ne sais pas.
Je ne vais pas aller chez le kiné, il y a un truc qui ne tourne pas rond depuis ce matin. Ça ne m’étonne pas, je me connais. Il fallait que je raconte, la piscine, et que je m’angoisse ensuite d’une lecture possible de Jean-Pierre, parce que je ne serais pas allé chez le kiné. Ou que demain je ne voudrais pas aller à la piscine. Plus, en fait. Et samedi, non, non et non. Rien. Et puis le kiné, demain, demain c’est elle, c’est Catherine. Elle est mieux que lui, lui c’est Gérard. Elle m’a appris qu’ils étaient mari et femme, avant. Ah ?
Il y a des bruits, des travaux incessants, depuis mai maintenant. La rue suivante, deux immeubles ; notre façade ; maintenant la cage d’escalier, l’électricité. De là qu’ils me coupent le courant en pleine écriture, tiens, je n’y avais pas pensé. Voilà.
Voilà, Hubert, vous êtes content ?
Voilà Hubert, t’es content ?
On ne se tutoie pas, tu ne me demandes rien. Je ne vous connais pas, mais qu’est-ce que je me permets de faire ? C’est mon journal, et cette partie, pour une raison mystérieuse, vous appartient. Vous appartiendra. Il faut que je revienne à la narration classique, tant pis si vous vous y perdez, Hubert.
C’est mon journal, merde !

J’ai scanné deux photos de feuilles mortes, prises par Jean-Pierre. Sur fond blanc, très belles. Élégantes. Jean-Pierre a dit : ne dis pas que c’est de moi. Ça m’a fait sourire, il était un peu vexé qu’Henri trouve ses photos « sans magie » : il trouvait que ça ne voulait rien dire. Moi je ne voyais pas beaucoup non plus ce qu’Henri voulait dire. J’ai pensé aux feuilles mortes, je ne voulais pas lui montrer d’abord, à Jean-Pierre, j’avais peur qu’il dise que ça suffisait. Et puis on a regardé ensemble : c’est lui qui a proposé la seconde feuille. On a ouvert Photoshop, joué sur les effets. J’ai fait plusieurs essais, l’un d’entre eux me séduisait particulièrement (effet Diffusion sur la seconde feuille). J’ai envoyé les photos à Henri, avec un petit mot sur ma préférée ; c’est à cet e-mail-là qu’il a répondu une demi-heure plus tard :
« Oh-oh ! Voilà qui est intéressant... Je vais regarder ça dans la soirée.
A demain.
H.D. »
Depuis je regarde la photo, et la trouve de plus en plus belle. Et je croise les doigts.


_résidence Laurent Herrou | Avant | 2 septembre 2003

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
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première mise en ligne et dernière modification le jeudi 24 octobre 2013