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Laurent Herrou | Avant | 9 août 2003

Nocturne :
« Paul : Je serai en France à partir du 29 septembre, rue Grenéta, métro Réaumur-Sébastopol. J’espère que notre hairy connection continuera, à nous de la définir.
— Moi : Rue Grenéta… C’est là où Jacques et Thierry (dans Laura) habitaient… À chaque fois que tu mentionnes quelque chose, c’est un choc, une coïncidence. »

Ce n’est pas de la drague, ça ne s’appelle pas comme ça. Je crois que ça n’a pas de nom. Tu arrives dans un lieu, il te remarque, tu remarques qu’il t’a remarqué. Tu vas le suivre des yeux un peu, tu vas essayer de repérer si lui fait de même. C’est à la piscine, et il fait de même. Il tient sa serviette bleue à la main, il est un peu rond. Il hésite, il va vers les douches. Tu ne fais rien. En fait, tu es venu nager, d’abord, c’est là que tu as remarqué qu’il te regardait étrangement, intensément. Tu t’es demandé si tu le connaissais, ou si lui te connaissait. Tu as vite compris que ce n’était pas le cas. Une fois fini de nager, il est sorti de l’eau, comme toi. Il a pris sa serviette, à l’opposé de la tienne ; toi tu t’es allongé, puis rassis. Tu as regardé vers lui, il regardait vers toi. Tu as souri, il était loin, c’était dur de déchiffrer une expression sur un visage, énigmatique. Tu t’es rallongé : quand tu as rouvert les yeux, il avait disparu.
Puis Jean-Pierre est venu s’allonger auprès de toi, tu lui as souri, vous avez échangé quelques mots. Il s’est allongé à son tour. C’est là que tu as remarqué que l’autre s’était allongé aussi, sur sa propre serviette, de l’autre côté de la piscine. Qu’il regardait vers vous.
Tu as touché ta poitrine, il a touché la sienne.
Tu as fait mine de caresser le pectoral, tu as saisi un sein, tu as pincé fort – tu commençais à bander.
Lui a posé une main sur son torse, a reproduit le massage que tu te faisais à toi-même. Il a posé l’autre main sur la cuisse, pas loin du maillot de bain.
Tu as ouvert les jambes.
Tu as posé une main sur ta cuisse, tu as joué un peu avec l’élastique du maillot. Tu savais qu’il ne perdait rien. En même temps, tu avais le maître-nageur dans ta ligne de mire, en plein dans ton collimateur, tu ne pouvais pas te permettre beaucoup. Et des femmes aussi, allongées entre toi et le bord de la piscine.
Les caresses t’ont fait bander de plus en plus – mais de là où il était, face à toi, que pouvait-il voir, sinon la couleur sombre de ton maillot ? Plus tard, en quittant la piscine, tu as remarqué que tu avais mouillé. Tu es incorrigible.
Jean-Pierre s’est relevé, le jeu s’est arrêté.
Plus tard vous avez nagé à côté, toi, lui et Jean-Pierre. Tu as parlé fort, Jean-Pierre faisait des allusions à tes jambes ouvertes au bord de la piscine. Il voulait « attraper le poisson ». Il disait : c’est tentant, on ne peut pas résister.
Ce n’est pas de la drague – mais qu’est-ce que c’est ?
Lorsqu’il est parti vers les douches (tu avais rejoint ta serviette, Jean-Pierre nageait encore), il a regardé vers toi, à plusieurs reprises. Il ne te plaisait pas, mais le jeu te plaisait. T’excitait. Il ne te plaisait pas, et c’est tant mieux – toi tu lui plaisais. Lorsque vous nagiez, il regardait vers toi sans cesse, enlevait ses lunettes, les remettait. Il était un peu rond, un maillot noir dans lequel tu n’avais pas l’impression que. Mais c’est trompeur, on le sait.
Toi, tu aimes que ça t’excite.
Tu as hésité à faire une remarque à Jean-Pierre ; en même temps, tu te rappelais qu’à Lyon, tu lui avais dit que tu avais une touche avec un gars dans un restaurant, qui mangeait à une autre table, son mec en face de lui, et des amis, des couples hétéros. Vous vous étiez souris, il répondait bien : il te plaisait beaucoup plus que celui de la piscine. Jean-Pierre avait un peu mal réagi, il avait dit qu’avant que tu le remarques, c’était à lui que le gars souriait. Il avait voulu te rendre jaloux, en pure perte, ou peut-être était-ce la vérité. Qu’importait ? Tu avais dit que tu aimais séduire, il avait répondu : et après ?
Après, il ne se passe rien.
J’ai connecté internet une heure cette nuit, Jean-Pierre s’endormait derrière moi. J’ai discuté avec Paul, on s’est dit qu’il ne tenait qu’à nous de définir la nature de notre hairy connection. Avec les autres, je n’ai pas échangé de photos, je n’en avais pas, n’en faisais pas. Deux ou trois m’ont envoyé la leur, quand même, je ne bandais pas. Je ne bande pas. J’ai envie pourtant.
Jean-Pierre a dit : après le repas.
Il parlait du sexe.
Tu n’y crois pas beaucoup.
Ou : tu ne sais pas si c’est vraiment de cela que tu as envie.

Jean-Pierre a demandé : tu vas faire quoi ? Il allait faire une lessive, il avait proposé que l’on boive un café pendant qu’elle tournerait, j’avais dit que c’était con : il fallait se rhabiller, et fermer la maison ultra-chaude. J’ai proposé qu’on le boive ici, ce que l’on a fait. Il a préparé le sac de linge sale, a posé la question. J’ai dit que j’allais répondre au courrier, et lire les mails du jour. Il y avait un mot de Thomas sur une nana arrêtée par la police, une histoire à la con, un fait d’hiver qu’il avait baptisé « fait d’été » ; je lui avais répondu quelques mots, à son mail précédent : il demandait où il pouvait voir des photos dénudées de l’auteur romantique qui figurait sur le site des éditions H&O, je lui répondais qu’il avait eu le loisir de me regarder, à l’époque, qu’il n’en avait pas profité, tant pis pour lui. Je l’enjoignais à me relancer. Dans la foulée, j’ai retrouvé l’e-mail d’Henri, le gars qui vivait en Allemagne, rencontré à la Fnac, qui m’avait envoyé ses photos : j’ai pondu quelques lignes, de reprise de contact, sans oublier de mentionner mes plaisirs solitaires. Je ne sais pas faire sans. Sur AOL il n’y avait rien, mais Paul était en ligne, qui a déconnecté rapidement après deux phrases (il partait bosser) ; et trois photos d’un Américain bien monté, queue extra, moustache et gros bras. J’ai allumé la cam, pris deux clichés : tête, et queue entre mes doigts, contre mon ventre poilu. Puisque l’on avait mentionné la hairy connection, je n’ai pas pu m’empêcher d’envoyer aussi la seconde à Paul. L’Américain moustachu s’appelle Phil. Apparemment branché échange de photos. J’ai bandé rapidement, débandé tout aussi vite. J’ai fait jouir Jean-Pierre, plus tôt, entre le repas et le café. J’ai enduit sa queue de gel, je l’ai malaxée jusqu’à l’explosion, phénoménale. Lorsqu’il a voulu s’occuper de moi, je l’ai arrêté, j’ai dit : concentre-toi sur ton plaisir. Je voulais lui donner du plaisir. Après il a dit : et toi ? J’ai dit que j’avais eu ce que je voulais.
La sueur dans le dos en longues trainées, en cascade presque.
J’ai dit que j’avais eu ce que je voulais, j’ai demandé : c’était bon ? Il a répondu que quand c’était fait avec tellement de conviction, forcément… J’ai dit : par une main qui aime la bite. Il a repris : les bites. Je n’ai pas démenti, on a plaisanté sur la question à poser au kiné, savoir si c’était bon pour le bras de branler une bite. C’est là en fait que Jean-Pierre a employé le pluriel. Il a dit : branler DES bites. Ensuite, on a bu le café, et il a posé la question. Sur ce que j’allais faire.
Transpirer.
Bander, espérer, vouloir. Ne pas savoir faire.
Déconnecter.
Écrire, raconter – ça, je sais faire.
Jouir plus tard, ou demain, ou la semaine prochaine : il n’y a pas d’urgence.
Je suis trempé…


_résidence Laurent Herrou | Avant | 9 août 2003

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
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première mise en ligne et dernière modification le vendredi 4 octobre 2013