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Laurent Herrou | Avant | 7 août 2003

Retour des ouvriers devant nos fenêtres, ce matin, vers huit heures. Jean-Pierre se lève, j’entends son : bonjour, matinal, l’ouvrier répond – je me demande : lequel ? Je me lève un peu plus tard, je passe un caleçon : c’est le type aux yeux très clairs, le peintre. Sur l’échafaudage inférieur, un autre, qui nous sourit aussi, torse nu ce matin, il tire machinalement sur un téton, il se gratte les pectoraux, poilus, il est petit, pas très beau, mais torse intéressant, et ce geste, de pincer son sein machinalement, sans penser que quelqu’un le regarde, me fait bander. Je m’éloigne de la fenêtre. Jean-Pierre est dans la douche, je me demande si le type aux yeux clairs le regarde par la petite fenêtre qui donne sur la salle de bains. Des envies qui se dessinent, toujours les mêmes.
On sort boire un café, on ferme les fenêtres, on place des draps devant, pour nous couper de la chaleur, et pour les couper, eux, de la vue de l’intérieur. Lorsque l’on revient, Jean-Pierre me dit : il est juste derrière le rideau. Je mime une relation sexuelle, je dis : oui, prends-moi… Jean-Pierre rit, imagine que je colle mon front en sueur au carreau, et mes mains, qui glissent vers le sol, un peu Psychose, un peu Titanic, on s’embrasse, et je rejoins internet – et lui son Libé. Plus tard quand je reviens dans le salon l’embrasser, il dit : tu es encore là ?
Hier il m’a surpris en me disant que l’on avait une activité sexuelle débordante en ce moment : j’ai levé les sourcils, j’ai demandé s’il parlait bien de moi. Je lui ai rappelé que depuis le plâtre, pas beaucoup, il a dit : quand même… J’ai répondu : trois fois, il a demandé : tu comptes ? Je ne compte pas mais le journal est mon témoin – et je sais ce que j’écris dans le journal.
Les tiraillements sont moindres aujourd’hui : mais je ne tape qu’avec un seul doigt de la main gauche. J’essaie d’alterner de temps en temps, mais c’est sans conviction. Rendez-vous avec le kiné à dix-sept heures trente, première séance.
Cécile a appelé : elles étaient à Chypre toutes les deux, étaient emballées à l’idée que nous monterions sur Paris, puis que l’on irait en Bretagne ensemble, passer quelques jours. On devrait s’occuper des places cet après-midi, avion ou train. Puis j’appellerai Joe pour qu’elle me fasse un certificat médical – à adresser à la sécu. Voir avec le kiné aussi : comment faire, comment s’organiser. Finalement, j’ai hâte de partir. Le bras libre, envie d’eau de mer. De crêpes, de coquillages sur la table – je n’en mange pas. Envie de fraîcheur bretonne. Et : Paris. Des choses à faire, toujours. Kinu. Et puis récupérer des manuscrits (Verticales, l’Ampoule).
Florence de chez Vilo m’a passé un télémessage hier, elle demandait si je serais à la réunion. Je n’ai pas compris tout de suite : après je me suis dit que ça devait être la réunion de présentation des livres de H&O aux représentants. Je ne sais pas quand ça se passe, et où ça se passe. Henri écrivait dans l’e-mail qu’il était débordé, qu’il me donnait des nouvelles bientôt ; que oui, il pensait que le livre serait paru pour le Festival de Saint-Laurent du Var (si tout allait bien), il concluait par « amicalement ». Je n’ose pas lui écrire que je serai à Paris fin août. Je n’ose pour le moment rien écrire, j’ai raison : rien n’est fait.
Je vois Manu dans l’après-midi : je lui apporte les textes des chansons que j’avais envoyées à Sophie Moleta. Je vois Manu au Virgin, ça m’a pris soudain, ce truc que c’était une bonne idée de voir Manu au Virgin, à la concurrence, maintenant qu’il avait quitté la Fnac, et que j’étais en arrêt de travail. Jean-Pierre a demandé : tu le vois quand, l’autre ? En même temps il ne s’oppose pas, il ne fait pas la gueule. Je crois que ça va beaucoup mieux, Jean-Pierre et moi. L’amour. L’écoute.
Hier, je lui acheté un agenda pour la rentrée scolaire, qu’il avait repéré, chez Virgin justement. On a appelé ça : « un cadeau d’amour », puis : « un cadeau d’amour-patience » (vu ce qu’il endure avec moi), puis au finish : « un dû ». On s’adore, c’est vrai.


_résidence Laurent Herrou | Avant | 7 août 2003

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
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première mise en ligne et dernière modification le mercredi 2 octobre 2013