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Laurent Herrou | Avant | 5 août 2003

Sylvie appelle, c’est le matin. J’ai essayé de connecter internet, il n’y avait pas d’e-mail intéressant (et dans la boîte aux lettres, mais je ne le savais pas encore : Télérama, et une carte postale pour Jean-Pierre). J’ai tenté d’entrer sur le site de Kinu, mais AOL ne marchait pas bien, j’ai dit à Jean-Pierre : il faudrait qu’on ait l’ADSL. Ça a planté. Le téléphone a sonné, c’était Sylvie.
Sylvie travaille à la Mairie de Saint-Laurent du Var, c’est elle qui s’occupe de mettre en place le 8e Festival de la Parole et du Livre. Elle demande à parler à Jean-Pierre, lui parle de moi, il me la repasse. C’est au sujet du questionnaire que je n’ai pas encore renvoyé. Je dis que j’attendais une réponse des éditions du Ricochet, pour savoir si le texte travaillé l’an dernier aurait une chance d’être publié avant décembre, j’ajoute que ce n’est pas le cas, Sylvie dit : ça n’a pas d’importance, nous savons déjà que vous avez une démarche intéressante envers les enfants. Elle demande si je peux intervenir le jeudi plutôt que le vendredi parce que les auteurs qui viennent de Paris et qui vont rester le samedi pour le Salon vont plutôt intervenir le vendredi, eux ; j’accepte bien sûr. Elle dit : je vous poste votre contrat dans l’après-midi. Elle ajoute : j’ai presque fini Laura. Je suis stupéfait. Elle m’apprend que Balland lui a envoyé ma revue de presse, la couverture du livre, elle dit : vous les avez prévenus ? Je dis non, Jean-Pierre pense que c’est Violette Kazakoff. Ou Anne qui travaille avec lui, à la bibliothèque de l’école. Jean-Pierre dit : tu vois, Balland… Je ne vois rien, je suis étonné. Sylvie : vous êtes très attachant, dans le livre. Et : je retrouve beaucoup de choses personnelles à travers ce que vous dites. Ça me touche bien entendu : je remercie. On raccroche, je promets d’envoyer les éléments au plus tôt. Jean-Pierre dit : tu devrais prévenir H&O. Ce que j’attendais. Je demande : tout de suite ? On éclate de rire. Hier soir au restaurant, je lui ai demandé si je pouvais lui poser une question idiote : j’ai demandé si c’était normal que H&O ne m’appelle pas tous les jours. Je connaissais la réponse. Il m’a souri gentiment, l’air de dire : t’es complètement à la masse, toi ! Gentiment aussi, il a répondu : oui, c’est normal. On est passé à autre chose.
J’écris l’e-mail. Jean-Pierre le relit, supprime mes marques de complaisances (je parle de ma « modeste » bibliographie, Jean-Pierre dit : vire-moi ça tout de suite !). Il supprime la phrase où je demande s’il y a une chance pour que Femme qui marche sorte en décembre. Il dit : ils ne sont pas cons, tu sais. Je dis : je sais. En même temps, je ne sais pas comment il faut dire les choses. Je me mets à genoux, je mime mes phrases, Jean-Pierre dit : c’est complètement ça !
À genoux, oui.
Voilà : c’est moi qui ai relancé l’échange e-mail. J’ai peur bien entendu que Henri, qui a lu Laura, prenne peur à son tour. Qu’il me trouve trop. Dustan disait : tu es ambitieux. J’ai répondu : trop ? Lui : oui. Oui, je suis trop ambitieux, mais plus encore que cela : je suis trop pressé. Il faut à nouveau calmer le jeu, ralentir la machine.
J’ai appris à taper avec une seule main et un doigt du bras dans le plâtre, je me rends compte à présent que je vais très, très vite, presqu’aussi vite qu’avant. Que je méprise le tiraillement dans le bras plâtré. J’ai rendez-vous à quatorze heures, il n’est pas encore midi. J’essaie de ne pas penser qu’ils vont peut-être me dire qu’il faut que je garde le plâtre une semaine de plus.


_résidence Laurent Herrou | Avant | 5 août 2003

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
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première mise en ligne et dernière modification le lundi 30 septembre 2013