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Laurent Herrou | Avant | 21 juillet 2003

Jean-Pierre est entré dans la chambre, s’est allongé sur le lit, nu. J’étais en ligne avec Paul (en fait, les deux Paul, celui qui m’envoie des images cul, et l’autre). Je venais de remonter mon pantalon, de ranger ma queue parce que le second me répondait, que nous discutions de son probable déménagement des États-Unis vers la France. Jean-Pierre a demandé : tu fais quoi ? Des cochonneries ? J’ai répondu que je discutais, il a dit : avec un Américain qui va t’attirer dans ses filets ? J’ai répondu non, j’ai déconnecté. J’ai dit : en vrai, c’est mieux, je me suis penché sur sa queue, et on s’est fait jouir, l’un l’autre, malgré le plâtre, et la chaleur.
On est nu, l’un et l’autre, à présent.
Il a demandé : tu retournes au virtuel ? J’ai dit que non, que j’écrivais mon journal. Je lui ai lu la première phrase, suis allé le trouver dans la cuisine, où il travaille sur le portable. L’ai embrassé. Il a dit : là, tu me déranges ! J’ai souri : l’égoïsme des hommes après avoir joui. Jean-Pierre dirait de son côté que c’est moi qui suis égoïste. Lorsque je travaille, il ne faut pas non plus s’approcher de moi – de peur que je morde. D’où le sourire de ma part : qui a raison ?
21 juillet, l’anniversaire de mon grand-père.
L’anniversaire de Louise, la fille de Line et Jean-Luc.
L’anniversaire de Françoise, de la Fnac.
C’est dur de taper d’une seule main, c’est épuisant. Hier soir, avant de m’endormir, j’ai dit à Jean-Pierre que je voulais que l’on me débarrasse du plâtre. J’ai dit que j’allais frapper mon bras contre un mur jusqu’à ce que le plâtre explose – j’ai vu ça dans un film (les Drôles de Dames, elles, remettent leurs os en place d’un coup d’épaule, j’ai glissé un œil vers Jean-Pierre pendant le film, qui pensait la même chose en regardant mon plâtre). Il a proposé des granules homéopathiques, pour que je me calme. Que je m’endorme. Je les ai acceptées, bien entendu.
J’ai néanmoins fini le travail sur Femme qui marche. À une seule main. J’ai dit : j’envoie mon texte, Jean-Pierre a répondu : moi, je le relirais. J’ai dit : c’est fait, il a répondu : moi, je le relirais encore une fois. Il m’a convaincu, j’ai dit : j’envoie demain – ma peur, au fond, est qu’Henri ne puisse pas ouvrir le document, ou qu’il n’ait pas accès à mes changements de couleur, mes modifications. Qu’il faille réfléchir à un autre moyen. Que l’on perde du temps.
Jean-Pierre a eu une idée pour la couverture : une photo de carte routière, avec le tracé des autoroutes, rouge. Des clés peut-être, posées sur la carte. Il a dit : un papier, avec un numéro de téléphone, et les initiales « J.L. ». Là, j’ai dit non. Il cherchait d’autres objets, pour enrichir sa photo, moi je voulais juste qu’il y ait une photo. Qu’il s’y mette. Que la couverture soit de lui, puisque Herb Ritts et Kim Sooja posent problème. Que la couverture soit de lui, parce que c’est lui, parce que c’est moi (merci Montaigne !). On ne sait pas quand on va aller à Lyon, on ne sait pas si… Pour Paris, j’ai dit que je n’en avais pas envie parce que je ne supportais pas l’idée d’avoir aussi chaud ailleurs qu’ici. Peut-être aussi parce que le retour ici, après les dix jours au vert, est insupportable – je parle de la chaleur. Du plâtre. J’ai reçu les radios de Bourges ce matin, et le compte-rendu d’observation datant du 15 (jour de notre retour en train), et qui stipulait une fracture possible de la tête radiale. S’ils avaient fait du bon boulot, on serait resté à Villequiers. Au vert. Mais : penser à Femme qui marche. Penser à Triangul’ère. Christophe Gendron a envoyé un e-mail en réponse du mien : il partait en vacances, était heureux que j’aie retravaillé le texte (il devait s’attendre à un refus borné de ma part, ma réputation !), ne le lirait qu’à son retour, mi-août, me donnerait une réponse alors. Me remerciait. Je me suis dit : une bonne chose de faite.
Et peut-être, fin 2003, deux publications.
Reste à écrire à Kinu. Écrire à Michel. Reste à écrire des courriers – mais d’une main : je fatigue. La vision de ma main de droite à gauche du clavier me saoule, m’enivre. Plus, la chaleur en trainées de sueur froide dans mon dos.
Ça a planté ! s’exclame Jean-Pierre dans la cuisine. Signe pour moi qu’il est temps de m’interrompre.

La nuit tombe, et ma patience avec elle.


_résidence Laurent Herrou | Avant | 21 juillet 2003

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
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première mise en ligne et dernière modification le lundi 16 septembre 2013