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égaré(s) en chemin

 

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47 m3 environ, avait dit le type, bloc-notes et crayon en main, comptant et recomptant, additionnant une nouvelle fois, histoire de ne pas — et ces 47 m3 environ, après avoir passé deux journées (et combien encore ?) à trier, vider, dépoussiérer, à ranger, empiler, scotcher, à marquer, fermer, porter, à pousser les meubles, me frotter le bas du dos, écouter la pluie, à penser qu’un jour ce seront mes enfants qui devront mettre le nez dans tout ce bordel quand je ne serai plus là (et que j’aimerais bien leur épargner ça), ce soir je commence à les regretter.
Dernier samedi et dernier dimanche passés sur le boulevard, ordinateur éteint, fenêtre ouverte et radio allumée, fip en continu, fip et ses prises d’otages au Sahel chaque heure à moins dix, ses élections où beurk contre beurk dans l’ex-circonscription de Cahuzac, fip et le sport, forcément, tennis ou foot ou hand, je ne sais plus mais dans tous les cas, allez la France ça veut dire.
Un week-end à éprouver mes muscles, à m’inquiéter (est-ce que tout sera prêt pour samedi prochain ? et combien de m3 encore à empaqueter, combien de fragments de nos vies à mettre en carton ?), à ne penser qu’à ça (deux belles parenthèses cependant : l’échographie aux Lilas et les 40 ans de V.), à poser, déposer, reposer, à pauser aussi, flotte ou bière et clope, à me demander si quelqu’un ne s’amuse pas à faire disparaître les cartons à mesure que j’en pose un nouveau sur la pile.
Samedi, dimanche, deux jours, seize ou dix-sept heures à regarder passer les bouquins lus, pas lus, relus, qui ont pris l’eau, la poussière, ont jauni, qui puent et me ramènent en arrière à différentes périodes de ma vie, dans l’Est.
À force de voir défiler tous ces titres, je me suis soudain souvenu de ce texte écrit il y a deux ans. Corps et cervelle en compote, j’ai soudain éprouvé le besoin de l’enregistrer (peut-être un des derniers déboîtements que je créerai là où ils ont auront démarré).
Égaré(s) en chemin, donc, et une seule prise sans avoir répété, sans l’avoir mis en voix depuis longtemps, après 15 ou 16 heures de f(l)ip (et j’en assume les défauts de prononciation et le débit mal cadencé) – je le reprendrai plus tard, une fois les 47 m3 environ « décubés ».
La musique qui accompagne le texte est un remix d’un morceau du Psychopharmaka de Burger/Cadiot qui est lui-même un remix de Schubert.


Avant de l’enregistrer, ce texte a d’abord été publié sur le site de François Bon (le tiers livre) dans le cadre des vases communicants de février 2011.
 
Photo : © airehaineo, 1933-Bebelplatz (la place de l’Opéra de Berlin avec une vue sur un rayon de bibliothèque en souvenir du 1er autodafé nazi)

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
BY-NC-SA (site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)
première mise en ligne et dernière modification le dimanche 23 juin 2013