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métropisme 3


 
 
 
 
il se tient debout à quelques centimètres du vide,
les pastilles bleues célestes fixent son inquiétude, sans plus.
il porte sur lui la une d’une feuille de chou gratuite, celle du soir de préférence.
(ne comptez pas sur nous pour lui donner raison – faut pas pousser non plus)
un pas, dans l’interstice il se glisse, trois pas, et il se met à compter les fils électriques.

elle a des copies à corriger alors le film de l’autre là que j’aime bien qui passe à la télé c’est foutu.
— un grand, cheveux gras, qui parle deux trois langues, il nous endormirait pas des fois ?
elle regarde les fils noués ensemble, rouges, bleus, gris, noirs, par la vitre du train,
et n’écoute pas sa copine qui cherche toujours le nom du réalisateur.
— l’ambiance est électrique j’te dis pas.
— bizarre comme titre de film, elle répond.
l’autre s’en fout.
le train va enfin repartir
(crrrrouicc un problème de crrrrouicc signâââlisâââtion).

il et elle se croisent : un regard à ce moment-là dans la vitre.
peut-être celui-là.
leurs corps ne se sont jamais vus auparavant,
ils se reconnaissent pourtant dans le reflet
pas un mot —
ça ne vient pas de la même poche cette langue-là.
— oui c’est ça.
 

Ligne 8, entre Richelieu-Drouot et Ballard

 
 

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
BY-NC-SA (site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)
première mise en ligne et dernière modification le samedi 17 mars 2012