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Sabine Huynh |
silence de fuite absolue

C’est en février 2013 que Christophe Grossi et moi avons commencé à correspondre. J’aimais son travail, j’avais lu Va-t’en va-t’en c’est mieux pour tout le monde (Publie.net, 2011) l’année dernière et je lisais occasionnellement ses carnets en ligne sur Kwakizbak puis déboîtements. Je lui ai demandé un texte sur le thème de la chute et du saut dans le vide pour l’anthologie Saisir au vol que je réalise (petit à petit), car j’avais vu dans ses écrits cette fascination pour la chute et les vertiges. C’est tout naturellement que nous avons envisagé un échange dans le cadre des Vases communicants, et que nous avons continué à nous écrire jusqu’à ce que ce projet puisse se concrétiser.
Je me suis replongée ces dernières semaines dans Va-t’en va-t’en c’est mieux pour tout le monde, et j’ai rédigé une petite note de lecture dessus, que je voulais soumettre à Christophe pour ce vaseco avec lui, mais le poème qui suit dira mieux ce que j’ai ressenti en lisant son livre vertigineux, et je publie la note sur la page que j’ai créée il y a quelque temps et que j’ai réservée aux livres de Publie.net qui m’ont plu (page que je n’ai pu remplir jusqu’à présent faute de temps). Merci à Christophe pour sa sensibilité, à fleur de peau comme on dit, rare.

SH
 
 

SABINE HUYNH | SILENCE DE FUITE ABSOLUE


 
 

 
 

à Christophe Grossi

 
 

Sur les côtés
ce vert à toute vitesse
et ces nuages à ras de terre
masses mauves liserées
de lumière déclinante

comme toi
les talus surgissent
hagards, ébouriffés
coiffés de partitions
sans notes

l’ocre de certains buissons
réveille des attentes
une douleur nouée
tandis qu’à contresens
le ciel se dérobe

au fond d’un ravin
des moutons éteints
tournent en rond
pelotes de souvenirs éparses
s’acharnant à démanger

les arbres semblent dociles
mais leur feuillage
de plus en plus ombre
de moins en moins feuillage
et leur cime, une illusion

le paysage voile ses plaies
d’une trame grise et serrée
la pluie crépite, zèbre tes yeux
le dégoût s’installe en toi
la route s’assombrit

en dernier recours des collines
plates, carrées
fantasmes de foyer
au fond de ta gorge
où tremble un râle

parfois des murs
se veulent horizon
avant le voyage
car les hommes croient
pouvoir dompter les vents

ce qui s’éloigne défile
traversé comme une lance
éperonne les certitudes
comme un corps chute
dans un silence mat

silence de fuite absolue.

 
 

texte et photo : Sabine Huynh
silence de fuite absolue, juin 2013
Yellow truck in the snow, Ottawa (Canada), 2008


Grand merci à Sabine pour son poème, son attention et son intention dans le lirécrire. Pour ma vingt-sixième participation aux Vases communicants, c’est un très beau cadeau. Elle le sait, je lui ai déjà dit mais je tenais à l’inscrire ici.
D’ici quelques semaines, je vous parlerai de son roman qui a paru en mai dernier aux éditions Galaade, La Mer et l’Enfant, que j’ai lu d’une traite et dont je me suis inspiré pour écrire Quelqu’un que personne n’attend plus n’est plus personne qu’elle accueille aujourd’hui dans son espace de lecture et d’écriture en ligne.
 
Sabine Huynh est poète, écrivain et traductrice littéraire. Hormis La Mer et l’Enfant, elle a co-écrit l’anthologie poétique pas d’ici, pas d’ailleurs avec Andrée Lacelle, Angèle Paoli et Aurélie Tourniaire, et en partenariat avec Terres de femmes (éd. Voix d’encre, 2012). Elle a également publié plusieurs recueils de poésie aux éditions Voix d’Encre, La Porte,..., et collabore régulièrement aux revues de poésie ou d’art contemporains Terre à ciel, d’ici là, Inferno, Diptyque, remue.net,...
J’apprends à l’instant que vient de paraître chez publie.net En taxi dans Jérusalem (avec Anne Collongues).
Elle anime par ailleurs le site presque dire.
En deux mots : lisez-la !
 
Pour découvrir les autres échanges du mois, n’hésitez pas à consulter le blog tenu avec vigilance par Brigitte Célérier que nous remercions une fois encore.
ChG

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
BY-NC-SA (site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)
première mise en ligne et dernière modification le vendredi 5 juillet 2013

Messages

  • Quel échange ! Superbe ! Tant Christophe que Sabine. Vraiment bravo à tous les deux. L’amitié littéraire est palpable entre vous, ce qui ne gâche rien au plaisir de lecture pour nous.

    Je m’y suis même perdue en allant plus loin avec grand plaisir.

    Suis allée faire un tour du côté de l’anthologie Saisir au vol. C’est drôle cette idée de psychanalyse du saut en parachute. Cela m’a fait beaucoup réfléchir. Je n’ai jamais goûté au joies du parachute mais à celles du saut à l’élastique, le plus haut du monde à Macao. Depuis ce jour je sais précisément ce qu’un sentiment d’avant mort signifie, même si l’émotion reste aujourd’hui inaccessible. Elle était si forte que mon cerveau l’a immédiatement expulsée. Quand j’ai mis les pieds sur terre, j’ai tenté de rassembler mes esprits et de la faire ressurgir. Impossible. En revanche la nuit, dans mes cauchemars, à présent, les avions qui piquent du nez finissent par s’écraser... J’aurais pu proposer ce texte à l’époque que j’avais écrit suite au saut de Felix Baumgartner qui m’avait fortement interrogé. Voici le texte :
    http://accheron-enmarges.blogspot.fr/2012/10/felix-baumgartner-perdition-fuite-en.html

    Me garde précieusement de côté, "Va-t’en va-t’en c’est mieux pour tout le monde", "La Mer et l’Enfant" & "En taxi dans Jérusalem" pour prochaines lectures.

    Voir en ligne : http://accheron-enmarges.blogspot.fr

  • Merci pour votre lecture et votre regard sur notre travail, Anne-Charlotte. Ce qui ressort de notre échange est que nous aimons nos écritures respectives, et écrire chez l’autre est ainsi devenu également écrire pour l’autre, en ce qui me concerne en tout cas...
    J’irai vous lire.
    Sabine

    Voir en ligne : http://sabinehuynh.com

  • Merci en retour à vous deux pour passage sur mon blog, lecture et partage.

    Voir en ligne : http://accheron-enmarges.blogspot.fr