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Avant | 8 juin 2003

Dimanche – et la sensation en relisant la page du 6 qu’une seule journée s’est écoulée, que l’on est samedi. Dimanche, et j’ai pourtant eu le temps de lire le Angot, de relire en entier Femme qui marche, de poursuivre la lecture de A child’s book of true crime (Chloe Hooper). De prendre une douche hier soir, après le travail éreintant, de m’allonger sur le lit, nu, trempé, pendant que Jean-Pierre travaillait sur son portable, de m’endormir, chaud, moite, de rêver des livres, des codes juridiques – avoir la sensation au matin d’avoir été le témoin du travail du cerveau, sa capacité à emmagasiner les informations de la journée, me dire que je ne rêve pas, finalement : je trie, je range.
Dimanche.
Soleil brûlant, et Jean-Pierre et moi, à la maison. J’ai dit, baissant mon short : je vais me branler… Il a désigné la webcam, il n’a eu le temps de rien dire. Il a demandé : tu te sens d’utiliser ma caméra… Il voulait que je le filme à Villequiers, dansant, nu. J’ai dit : je sais, tu as envie de faire l’amour sur internet avec moi… Il a haussé les sourcils, il a dit : dans tes rêves… On parlait en même temps, moi de me branler, lui de danser nu, des vacances. J’ai envie de choses, cela revient avec l’été. Je l’ai sucé au réveil, on s’est branlé, je n’arrivais pas à jouir, j’ai dit : on attend plus tard, on n’est pas obligé… J’ai proposé nos queues dures tout au long de la journée, et l’envie de se faire du bien, à tout moment. Il a dit : non, je veux jouir. Après, plus tard, il a remarqué : tu n’as pas joui. Après un troisième, j’ai envie que l’on soit quatre, j’ai envie d’un autre couple, j’ai envie de regarder l’amour, fait par un autre couple, j’ai envie de quatre corps, quatre queues, et des lèvres, des langues, ouvertes les unes sur les autres. Je bande.
Je bande, je pourrais : descendre le short, dire à nouveau que j’ai envie de me branler, il a dit : tu nous ferais une glace ?
Oui.
J’ai envie d’une glace moi aussi, la branle peut attendre, la baise aussi.
J’ai dit : par là (désignant mes fesses, mon short, mes reins) il y a un trou du cul… Ça nous a fait rire tous les deux.
Relire Femme qui marche, et trouver ça bien, vraiment, sans doute parce que quelqu’un d’autre y trouve de l’intérêt, un éditeur. Par contre, Peau d’âne : non. A child’s book of true crime, oui. Relire Femme qui marche, et Jean-Pierre me rassure, il dit : je suis là pour ça.
Te rassurer.
Je dis : tu crois qu’ils peuvent changer d’avis ? Il répond que si c’était moi qui avais proposé la publication, il pouvait, oui, y avoir un changement d’attitude, il répond que les gens ne changent pas d’avis, il répond que je ne suis pas tout le monde. Parce que moi : je change d’avis, tout le temps.
Je dis : j’ai dit oui, j’ai eu raison ?
Après je dis : ils ne m’écrivent plus (je parle d’e-mail) tu crois qu’ils changent d’avis ?
Jean-Pierre : ils t’ont proposé un contrat si tu étais intéressé, tu as répondu que tu l’étais, ça suit son cours, ils sont sûrement très contents, s’ils ont aimé ton livre, d’être ceux qui le publieront.
Oui, hein ?
Il me rassure.
On ne baise pas à quatre, mais il me rassure. On ne fait pas l’amour sur internet à travers la webcam, mais : il me rassure.
Il dit : merde, ça ne marche pas ! Il s’emporte un peu, une manipulation qui rate sur le portable, je dis : tu veux que je regarde ? Je propose des alternatives, j’essaie à nouveau, et ça fonctionne, je dis : moi aussi, hein, je te rassure ?
Oui.
Il répond : oui, il m’embrasse, il dit : tu nous ferais une glace ?
Oui.
Oui, j’ai envie d’une glace, moi aussi. Dimanche après-midi, la chaleur. Le short pour tout vêtement, et un trou du cul dedans.


_résidence Laurent Herrou | Avant | 8 juin 2003

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
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première mise en ligne et dernière modification le samedi 15 juin 2013