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Avant | 15 mai 2003

J’ai emprunté un bouquin qui vient de sortir sur les X-Men, une sorte d’encyclopédie qui récapitule les personnages, les lieux, les principales sagas, qui figure des centaines de dessins parmi ceux qui m’ont le plus marqué. J’ai emprunté le bouquin ce soir, en quittant le boulot, dès que je suis arrivé à la maison la première chose à faire a été de scanner mes dessins favoris. Pour les fonds d’écran de mes ordinateurs. Exit Catwoman – même si les neufs vies m’auraient été utiles… J’ai enregistré un dessin sur l’ordinateur portable, effaçant Murakami et ses champignons qui dataient. L’iMac montre à présent un détail du torse de Cyclope, les cheveux de Jean, la moitié du visage de Kitty, le visage masqué de Wolverine, couleurs emmêlées, costumes, attitudes. L’iBook a hérité de Forge, Wildchild, Sabertooth, Shard, Polaris et Mystique – donc trois de mes personnages préférés, magnifiquement dessinés (mais je ne me souviens plus du nom de l’artiste, j’avais même oublié cette époque-là, lorsque Mystique et Sabertooth faisaient partie de X-Factor). Jean-Pierre en rentrant du boulot a dit : et moi ? Je veux un fond d’écran… Capricieux, il a poursuivi : je veux Elektra. J’avais retrouvé la série dessinée par Sienkiewicz, il a choisi deux dessins, que j’ai scannés, l’un de la bande-dessinée, l’autre était une annonce pour un autre titre, Dracula, figurant une femme ressemblant à Garbo avec du sang sur les lèvres, à l’aquarelle noire. Une fois sur mon iMac, j’ai connecté son portable à mon ordinateur, priant pour qu’il n’y ait pas de problème, et que, comme cela se passait entre iBook et iMac, la connexion s’établisse facilement, que je puisse copier les dessins d’un disque dur sur l’autre, puis déconnecter les deux appareils. C’est au moment de déconnecter que ça a commencé à merder : l’iMac refusait de mettre le disque dur du portable à la poubelle, prétextant qu’il avait des éléments en service. Sueurs froides. J’ai pris sur moi, j’ai éteint de force l’ordinateur. Puis redémarré le portable. La mire est restée un moment plus long que d’habitude, juste pour que je stresse vraiment, puis le disque dur est apparu tout normalement sur le portable. J’avais pris soin de déconnecter la prise FireWire, et d’éteindre l’iMac, que je rallumais parallèlement. Tout se termina bien : chacun des deux disques durs contenait ses éléments, et Dracula et Elektra étaient dans le portable de Jean-Pierre. Il a dit : ça aurait été plus simple de connecter le scanner à mon portable… Je n’ai pas contredit. J’ai installé (quelques minutes supplémentaires d’énervement) le premier dessin, puis l’autre en fond d’écran du portable, Jean-Pierre a choisi Dracula, c’était en effet magnifique. Il s’est endormi, rassuré. J’ai éteint le portable, rassuré à mon tour.
Émotions informatiques…
Jean-Pierre ronfle derrière moi, il dort mal, le nez pris. La grève se poursuit, aussi nous passons la matinée ensemble, demain. J’ai décommandé Timon qui m’a presque raccroché au nez. On est allé dîner au restaurant, on avait des tas de trucs à se raconter, Jean-Pierre et moi, des tas d’anecdotes. J’aime bien que l’on se raconte des choses. J’avais posé mes vacances pour cet été (une semaine en juillet, dix jours en août), il s’était occupé des cartons d’invitation pour le 23, j’avais eu un clash client avec une connasse, mais un client était venu me défendre, et j’avais prévenu Anne afin qu’elle ait l’écho du type avant de recevoir un nouveau rapport sur mon compte, Jean-Pierre avait eu un problème avec Chantal, une de ses collègues, à propos de l’investissement différent d’Emmanuelle Pépin dans le travail qu’elle faisait avec lui et avec elle, mais il n’avait pas voulu prendre parti, aussi Chantal faisait la gueule – et Jean-Pierre se retrouvait à bosser lundi, jour de grève nationale, il avait dit à Christian, son directeur : je suis solidaire, mais il y a le spectacle à la fin de la semaine… Le 23, vendredi prochain. Je crois que Géraldine veut venir, ça me fait plaisir. Marguerite, je ne sais pas encore. Françoise, Jackie, Line et Jean-Luc ? Il va falloir que je trouve quelqu’un pour m’emmener. Je travaille ce soir-là jusqu’à dix-neuf heures, le spectacle est à vingt et une heures, Jean-Pierre a dit qu’il était dans l’impossibilité totale de venir me chercher sur Nice – et je n’ai pas de voiture. J’ai dit oui pour récolter des fonds pour S.I.S. le 14 juin (le Sidaction, je suppose). De vingt heures à vingt-quatre heures. J’ai dit oui pour Jean-Pierre. Je dis oui à Jean-Pierre.
Message sur le portable, Céline et Olivier qui débarquent à la fin du mois, réservent la soirée du 30 mai pour nous.
Kitty, main sur la hanche, me fait de l’œil depuis le bord droit de l’écran, derrière le journal – et l’image est magnifique, et les couleurs intenses.
Je parle beaucoup, je raconte beaucoup, je suis différent ce soir.
J’ai acheté aujourd’hui un livre de Margaret Atwood, et Delta of Venus d’Anaïs Nin chez Cat’s Whiskers.
Je suis à la fois très fatigué, et très excité. Le vin rouge, sans doute.
Jeudi soir, 23:45.

Relecture – et j’emploie vraiment trop le mot : magnifique.


_résidence Laurent Herrou | Avant | 15 mai 2003

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
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première mise en ligne et dernière modification le lundi 27 mai 2013