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Avant | 7 mai 2003

Je me suis levé, Jean-Pierre sortait de sa douche. Je suis passé dans la salle de bains, suis allé aux toilettes, puis suis à mon tour passé sous la douche. En sortant (Jean-Pierre préparait le petit-déjeuner) j’ai attrapé le paquet-cadeau accroché à la porte de la cuisine. Je me suis dit que ça suffisait, les gamineries. J’ai ouvert : c’était un petit ensemble Hom, boxer 301 et débardeur en dentelles grises, presque transparentes. Je les ai enfilés, me faisant la remarque que c’était une mauvaise idée vis-à-vis du boulot, et de mes émotions : si plus tard, une fois Jean-Pierre parti à l’école, je me connectais, je risquais de transpirer (le haut) ou de tacher (le bas). Je me suis dit que je me changerais devant l’ordinateur, mais je ne l’ai pas fait. En revenant du café (Jean-Pierre parti sans un mot sympa, juste : à ce soir à la maison… Signe qu’il ne passerait pas me prendre), je suis à nouveau allé aux toilettes : mon sexe transparaissait à travers le fin tissu, cela m’a fait bander discrètement. J’ai pensé à Paul. Appeler Paul. En contraste, les zones poilues de mon corps restaient sombres, je me suis dit que si je décidais de me raser entièrement la zone du sexe, on pourrait la détailler complètement à travers le caleçon. J’ai essayé de penser à autre chose : il fallait écrire. Avant de me connecter sur internet. Avant de retrouver qui donc serait en ligne. J’ai rêvé que des dinosaures envahissaient Lyon, où nous vivions, qu’ils s’enfuyaient tout à coup, je ne retrouvais pas Jean-Pierre, nous nous étions perdus dans la panique. Lorsque je le remarquais enfin, il venait vers moi, furieux de m’avoir perdu, sans se rendre compte que derrière lui – et qui faisait s’enfuir les autres dinosaures – marchait à pas de géant un tyrannosaure. Ensuite nous étions dans un appartement genre Matrix, il fallait pour nous enfuir passer d’un balcon à l’autre au-dessus du vide – je savais que j’en étais incapable. Le rêve s’est orienté vers une nana sadique qui espérait que l’on allait être dévorés, mais nous avions réussi (Jean-Pierre ?) à organiser une chorégraphie avec les animaux, et la nana hurlait de rage. Mes rêves ne m’intéressent pas vraiment. Jean-Pierre, parti sans un mot ce matin, ne m’appellera pas. Je ne vais pas mal, je ne m’en veux plus, ou moins, par rapport à la réunion d’expression. Je n’ai peur de rien : me faire virer ? Ce serait la preuve que la réunion d’expression n’en est pas une. Jean-Pierre a dit : tu t’imagines qu’elles te soutiendront alors… ? Je n’imagine rien d’autre que des dinosaures à la poursuite de Jean-Pierre. Mon imagination est mince, dirigée. Mon pouvoir d’imagination, inexistant. Je suis, mercredi matin, face à l’écran, l’envie de me déshabiller qui se noue dans le ventre, les désirs qui renaissent. Je ne parle pas de Pierre Salducci et de l’Union des Écrivains Gais. Je suppose que ce n’est pas encore le moment.

9:05.
Il faudrait écrire encore.
Il faudrait avancer.
Je vais partir au boulot en avance, boire un café en route. Je vais quitter le clavier, les taches, les désirs assouvis. J’abandonne l’écriture, je ne travaille pas, ou pas suffisamment. Il faut aller vendre des livres, et justifier un salaire minable. Et ne pas se voiler la face : je ne travaille pas pour l’argent.

L’envie d’écrire ? Non.
Le refuge dans le journal, la facilité. Non.
Je devrais travailler les textes, je devrais relire le travail déjà accompli, je devrais ne pas me contenter d’attendre. J’attends. J’espère. Demain férié, 8 mai. Il est 19:22.


_résidence Laurent Herrou | Avant | 7 mai 2003

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
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première mise en ligne et dernière modification le dimanche 19 mai 2013