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Dominique Hasselmann | On commence par la Bonne Nouvelle ?

« Car semblables à des rails qui d’un jet pointent l’avenir sans limite, où se lancent les improvisateurs,
cette rectitude du rythme du jazz appelait une irruption de leur force. »

Jacques Réda, L’Improviste (Gallimard, 1980, pages 103-104).

 
 
 
Elle n’est pas actrice de cinéma mais les lettres dansantes de la station de métro Bonne Nouvelle lui rappellent que son rêve secret et inaccessible s’arrête au panneau d’Hollywood sur une colline de Los Angeles.
 
 
 

 

Elle descend sous terre mais elle n’est pas termite, elle fréquente tous les jours cet espace, ce quai (un peu celui d’un port) où elle s’arrête à Paris et repart à Montreuil.
 
 
 

 
Quand la rame arrive, elle pense souvent à ceux qui se jettent devant le conducteur : heureusement, elle n’en a jamais vu, de ces désespérés écrasés et enterrés sous les roues du corbillard vert et blanc. Couloir des suicides ou des assassinats, élan vertigo ou poussée dans le dos : piscine grand bain à deux rails, bassin olympique sans retour.
 
 
 

 
Sa pensée vagabonde, et elle repense à l’expression populaire : « On commence par la mauvaise nouvelle puis la bonne, ou l’inverse ? » – mais il n’existe pas de station « Mauvaise Nouvelle » – ensuite elle remonte à l’air libre par l’escalier, elle sort de l’apnée du transport souterrain, elle imagine que quelqu’un la suit en regardant ses jambes.
 
 
 

 
Dehors, elle regarde les passants et aspire à autre chose (elle adore justement ce film, Respiro), le boulevard est large, le Grand Rex caréné dans sa majesté, elle aime ce nom en trois lettres qui lui rappelle des péplums ou Oedipus Rex. L’architecture « art-déco » a été conservée telle quelle, ce n’est pas un « multiplexe » sans âme et la salle immense fait partie des voûtes inoubliables.
 
 
 

 
La circulation, ce 28 décembre 2012, est faible : les Parisiens sont déjà partis. Le roulement des voitures semble infiniment plus ténu aux oreilles que celui du serpent métropolitain qui gronde et siffle et sonne en dessous.
 
 
 

 
Elle a acheté son magazine au kiosque et se dirige vers le lieu de son travail. Maintenant, il est déjà 18 heures, elle redescend dans la station qui est presque déserte. Un homme en noir ne bouge pas, assis sur l’un des sièges en plastique gris. Quand le métro arrive, elle sent bien sous ses pieds les granulés de la bande blanche (du Braille par terre pour les aveugles).

Dès qu’elle aperçoit les phares allumés de la première voiture (on ne dit plus « wagon ») de la rame de métro, elle tourne la tête par une sorte de pressentiment : le type fonce alors sur elle, et les lettres de l’inscription « Bonne Nouvelle » tourbillonnent devant ses yeux clairs à une vitesse folle, d’une manière cinématographique : non, ce n’est pas possssssssssssssssssssible !
 
 
 

 
 
Texte, enregistrement et photos : Dominique Hasselmann


J’ai le plaisir d’accueillir, dans le cadre des vases communicants, Dominique Hasselmann, auteur de 140 tunnels chez publie.net qui fait suite à une expérience d’écriture en ligne sur twitter où il reste très actif (pour le suivre, cliquez ici) et blogueur depuis 2003 sur remue.net puis de 2007 à octobre 2010 sur Le Chasse-clou, d’octobre 2010 à juillet 2011 sur L’Irréductible et depuis août 2011 sur Le Tourne-à-gauche.

Dominique Hasselmann est un passionné de politique mais aussi de surréalisme, de déambulations urbaines, de photo ou encore de cinéma. Tout son travail en ligne mêle observations, décalages, engagement et humour, en textes, en images et en son, comme aujourd’hui.

Je savais déjà que nous avions plusieurs intérêts communs mais j’ignorais (je découvre ça à l’instant) que, tout comme moi, il était né à Belfort, avait vécu en Franche-Comté et fait ses études à Besançon. Petite anecdote qui rapproche encore un peu plus.
 
Si je participe depuis deux ans aux vases communicants, c’est la première fois que j’accueille un auteur sur ce tout nouveau site. Je suis ravi que la promesse ait été tenue et que nous ayons pu échanger autour du mouvement sous la ville... Merci, donc, à Dominique pour sa Bonne mauvaise Nouvelle.
 
Pour lire ma contribution, La ligne ÔCÔ du métro parisien, il vous suffira de cliquer ici.
 
Une fois de plus, sans Brigitte Célérier, Les Vases communicants ne seraient pas ce qu’ils sont ; grand merci aussi à elle d’avoir tenu à jour la liste des 19 échanges du mois que vous retrouverez ici ou .

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
BY-NC-SA (site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)
première mise en ligne et dernière modification le vendredi 4 janvier 2013

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