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le noël du siècle (19/11/12)

Le temps d’un trajet sous la ville, la nuit était tombée et c’était déjà Noël. LE NOËL DU SIÈCLE ils avaient écrit sur la façade, tout en haut, en gros, en lettres capitales. Et tout autour du noël du siècle les lumières crachotaient, rougissaient, clignotaient, s’arc-boutaient, se prenaient pour la pluie acide et le soleil vert réunis, bleuissaient, enflammaient les regards dès la sortie du métro, enlaçaient les corps sur le passage pour piétons, les ficelaient au décor à peine avaient-ils traversé, parvenaient sans difficulté à les faire entrer et jouir en moins de deux devant des doudous à 18 carats et à les éjecter, au suivant, leur sac même pas recyclé accroché au poignet brillant, le pas lent, seuls ensemble, détendus, novembre en bandoulière et la nuit étoilée dans le regard.
J’avais oublié. J’avais oublié que le quartier était miné, à éviter. J’avais oublié que Noël commençait en novembre.
Mais je n’ai pas regretté. Pas tout de suite.
J’ai pensé immédiatement à Anne Savelli, à son Décor Lafayette qui paraît en janvier prochain chez Inculte, pendant les soldes. Alors, pour elle, je n’ai pas changé de trottoir, je me suis laissé marcher dessus et bousculer, les gens parlaient fort dans toutes les langues et semblaient heureux d’être là (dans ma tête je hurlais mais ça ne se voyait pas), j’ai regardé les vitrines, j’ai attendu mon tour et moi aussi j’ai fait une photo.
Il y avait un ours dressé, un collier autour du cou, il y avait des talons très très hauts près de pantins qui jouaient du tambour et il y avait ces marionnettes qui faisaient leur show devant des porte-monnaie colorés, ouverts, vides, en musique. Il y avait ce mélange de kitsch et de SM, il y avait cette insouciance sur le trottoir, ces rires d’enfance en langues étrangères, il y avait ce type qui demandait un peu de tabac, il y avait un homme qui apparaissait et disparaissait près d’un café, il y avait la raison de ma venue dans le quartier, il y avait une odeur de ville fantôme, il y avait la peur de mourir sans son fétiche, il y avait l’annonce de la fin du monde – et là, juste là, on l’aurait presque souhaitée.


_Photo : Paris, 19 novembre 2012
 
_Le projet de GRAINS D’INSTANTS est de remonter le temps en images à partir du 18 avril 2012 où j’ai posté mon premier instantané sur le réseau social Instagram, en reprenant ou en modifiant les légendes et, en suivant son évolution, de voir ce que peut créer ce décalage spatio-temporel. Pour en savoir plus sur cette rubrique, suivez ce lien. Parallèlement à ce projet je continue d’alimenter mon carnet d’instantanés sur Instagram où je poste désormais (sauf exceptions) une photo légendée par jour.

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
BY-NC-SA (site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)
première mise en ligne le 19 novembre 2012 et dernière modification le samedi 18 janvier 2014

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