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Côté face (26)

Il a fait si froid cette nuit qu’au matin mon corps était congelé. Mes gestes ne répondaient plus à mon cerveau, je ne parvenais plus à parler et ne pouvais demander de l’aide. Je savais que je n’étais pas mort. Le savaient-ils ceux qui tournaient autour de moi ? Mais comment leur faire savoir que j’étais conscient, que j’étais vivant ? Comment éviter de me laisser enfermer dans une boîte ?
Au secours ! Allumez, merde, allumez le chauffage !
Ah, si je pouvais attraper cette couverture..., me disais-je.
Allez Jacques, allez, un effort !
Mais non, ne me touchez pas, je ne suis pas mort !
Mais ils ont éteint la lumière.
Ce n’est pas juste !... mais... quelqu’un vient... je suis là, venez, je suis là, je vis !
Je ne reconnaissais pas le visage de cette personne, je ne reconnaissais pas cette silhouette... cette ombre ne me disait rien... et cette main...
... oh !
(nouveau noir, nouvelles secousses)
J’ai repris conscience. Avais-je voyagé clandestinement vers un autre pays ? Était-ce le contrôleur qui venait me demander mon passeport ?
Au secours ! Mais ne partez pas monsieur... restez madame... si vous êtes un ou une, venez me relever !
Je me retrouvais à nouveau seul.
(nouveau noir)
Tout à coup, une main m’a saisi et m’a jeté dans un panier en plastique. Je me réchauffais.
(nouvelle secousse)
Me voilà cette fois tournant, brûlant, prêt à être dégusté comme ils l’ont écrit sur l’emballage, c’est fini.
Ne vous laissez jamais transformer en produit surgelé, adieu !

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
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première mise en ligne et dernière modification le dimanche 15 décembre 1991