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corps qui bouillonnent


 
Nos corps, ceux de juillet, ont leur propre mémoire et leur mélancolie. Ils ne disparaissent jamais vraiment, enjuillettés qu’ils sont et prêts pour des vacances qui ne les laissent jamais filer.

Ce sont des corps de bord d’océan qui samplent ou jouent du piano, qui marchent en crabe et leur mélodie est répétitive. S’ils croient au murmure des errants, à la tension qui se dégage d’un corps qui tremble de vivre, ils croient aussi au mélange des genres, sacré profane, et ils n’ont pas peur des paradoxes.

Nos corps écoutent des symphonies drum’n’bass, des requiem dans les clubs pour teenagers, des stabat mater en compagnie de rappeurs. Ils aimeraient également ne plus jamais écrire, ne voudraient faire que ça ou bien devenir un arbre, de la pâte à papier, un cahier à spirales.
 
 
Je nous sens traversés, je sens nos corps qui tanguent, je suis leurs hésitations, leur détermination soudaine, comme une déflagration au sortir de la nuit quand a été vaincue la crainte de ne plus être réveillé.

Corps qui bouillonnent.

Besoin de bain et de sourdine.

Les plombs ont beau sauter, le filament de l’ampoule peut chauffer, nos corps sont retournés dans la nuit qui les a vu naître. Malgré la fatigue de la lutte, quelqu’un toujours tient leur tête entre ses deux mains.

Et soudain nos corps se retrouvent là où ils n’étaient pas allés depuis.

Depuis combien de temps ?

La où la lumière aveugle, la sourdine est restée à l’intérieur. Et pour la retrouver il faudrait retirer les boules de cire.

Nos corps voudraient être rassurés mais ils ne sont plus des corps d’enfant.
 
 
Ainsi reviennent-ils dans leur jour leur nuit, là où se tenir debout et dire : perdre l’élégance serait nous faire injure.

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
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première mise en ligne et dernière modification le mercredi 8 septembre 2010