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kwakizbak #56


 
 
— J’imagine que c’est grâce à ma mère si tu es en face de moi aujourd’hui, dit Myakhda à Kwakizbak.
— (...)
— Ma mère elle m’a souvent parlé de toi, ma mère elle m’a tout raconté de toi. Ma mère elle avait plein d’amis comme toi, des amis que personne ne voyait jamais. Ils ne venaient pas à la maison, ou si mais pas vraiment, disons qu’ils étaient là mais qu’elle était leur interprète.
— (...)
— Avant de m’endormir ma mère leur demandait de l’attendre dans le salon mais moi je n’entendais jamais le son de leur voix. Je n’avais pas peur d’eux, ma mère me disait que je n’avais pas à m’inquiéter de ça, qu’elle avait le contrôle de la situation et que sans elle ils n’auraient plus de résonance. Elle fermait la porte en s’assurant qu’il n’y avait plus personne dans le couloir. Alors elle se mettait à me raconter les derniers voyages, les mauvaises rencontres, les feintes et les fatigues de tous ses amis. Et moi j’en voulais toujours plus. J’étais une enfant, ma mère était toute ma vie, il n’y avait pas de frontières entre la réalité et l’imagination, il n’y en avait pas non plus dans notre histoire.
— (...)
— Le personnage qui revenait le plus souvent se prénommait Kwakizbak. Elle disait avoir cherché sa trace dans les livres, les archives, les témoignages. Et chose incroyable, tous les soirs elle en savait à la fois un peu plus et un peu moins sur lui. Kwakizbak était devenu notre signe de ralliement, notre jardin secret, notre force aussi et notre meilleur ami. Dans les moments difficiles, je pensais à lui comme à une puissance divine. Il me consolait, il me protégeait des autres. Grâce à lui, je ne m’ennuyais jamais, je n’étais jamais seule, même quand ma mère disparaissait et qu’elle me confiait aux bonnes soeurs. Voilà sûrement pourquoi je n’ai jamais réussi à croire en un quelconque autre dieu : Kwakizbak est passé avant tous les autres.
— (...)

Aujourd’hui quelqu’un (en l’occurence Myakhda qui se trouve à quelques centimètres de lui) parle de Kwakizbak à la troisième personne. Et ce n’est pas le destin qui les a mis face à face mais moi. Parce qu’il fallait bien que toute cette comédie cessât un jour ou l’autre.

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
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première mise en ligne et dernière modification le samedi 12 juin 2010