christophe grossi & invités

Accueil > f(r)ictions > archives > kwakizbak > kwakizbak #51

kwakizbak #51


 
 
Devant la porte vitrée d’une boulangerie, un enfant chante des complaintes dans une langue inconnue. On dirait bien qu’il en confond plusieurs et c’est assez original mais personne ne l’écoute. On vérifie plutôt si les poches et les sacs sont bien fermés. À quelques mètres de là, plus bas dans la rue, une jeune violoniste (l’ourlet de sa robe n’a pas tenu) joue un peu faux, son instrument est mal accordé, C’est assez insupportable disent les gens qui se bouchent les oreilles et font un grand détour pour l’éviter. Sur le marché maintenant, un autre enfant tente de tirer sur son accordéon et les larmes des badauds. En vain. On préférerait lui marcher dessus. Soudain quelqu’un lui donne de l’argent pour qu’il cesse de jouer, Sur-le-champ il rajoute.

Kwakizbak aimerait danser mais il a peur de s’emmêler les pinceaux. Ces longs mois d’inactivité l’ont un peu rouillé. Il voudrait les aider, si Kudmatrak était là il trouverait une idée, mais là il ne sait pas, c’est le vide dans sa tête et ses poches, il n’a rien à leur offrir, rien sur lui, pas d’argent, le pain il l’a oublié dans le bar. Il n’a rien. Rien.

Comme il en a soudain assez, il se met à mendier pour eux, du marché jusqu’à la boulangerie. Tout le monde est un peu surpris mais Kwakizbak trouve les bons arguments et soutire aux habitants du quartier quelques piécettes, des fruits pas trop pourris et même un alcootest. Quand il revient vers les enfants les poches pleines, des dizaines d’adultes déboulent des quatre coins de la place et le battent à mort.

– C’est tout c’ que t’as trouvé, tu t’ fous d’ nous ou quoi ?

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
BY-NC-SA (site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)
première mise en ligne et dernière modification le mercredi 26 mai 2010