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kwakizbak #45


 
 
Quelle que soit l’heure, Kwakizbak, tenue toujours aussi impeccable, continue de saluer les dames sans compagnie, les bonnes du curé, les furets errants, les putes à tifs tombés, les siamois séparés, les maîtresses de cadres sup’, les instits en goguette, les flics (pas tous), les vessies, les vicieux, les lanternes ou bien encore les types qui portent des chapeaux mous (mais ils se font rares, hélas). Comme si rien ne s’était passé.

En plus des civilités, des mondanités et des autres convenances (toute cette vie sociale qui l’occupe une bonne partie de la journée), depuis deux-trois jours Kwakizbak s’est mis à vouloir entretenir les squares, les parcs, les jardins d’enfants, les chemins de halage, les sentiers sinueux qui mènent à la citadelle ou au château d’eau, les ruisseaux, les mares à canards, les pelouses des reclus ou encore les cours d’école. Comme s’ils lui avaient toujours appartenus. Et plus les jours passent plus il se sent comme chez lui : Kwakizbak est à l’aise, libre, et ça se voit. D’ailleurs, on ne lui demande jamais rien, on ne lui reproche plus jamais rien non plus. On le laisse coller les feuilles jaunies sur l’ancien pont poldavien, on lui permet de tailler les arbres à la manière d’un crayon, on admire sa façon de dépoussiérer les remparts, on lui a même offert un sécateur en acier carbone, forgé, meulé, poli et assemblé à la main (accompagné d’un ressort de rechange). Mais si personne n’est jamais venu se plaindre, dans la soirée son banc – tout comme le dessinateur avant lui – a soudain fait le mort et a déclaré forfait.

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
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première mise en ligne et dernière modification le mercredi 5 mai 2010