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kwakizbak #37


 
 
Durant toutes ses dizaines de vies fragmentées Kwakizbak a écrit des milliers de lettres d’amour.

En général il les recopiait à la main, les laissait traîner dans l’appartement ou les expulsait au loin à l’aide d’une fronde, les lisait au téléphone, les envoyait par la Poste à des personnes prises au hasard dans l’annuaire, les affichait dans les lieux publics, dans les toilettes des trains surtout (car tout le monde le sait maintenant, Kwakizbak a beaucoup voyagé).

Si certaines de ses lettres ont été traduites, d’autres ont été largement commentées, publiées, numérisées, interdites, piratées, volées, recyclées, détournées, brandies, ensanglantées, lues dans des théâtres, dans des caves ou dans les cours de collèges.

Bien des années après leur séparation on parlait encore des lettres d’amour adressées à Kudakud, à Shelle et à des centaines d’inconnues.

Quand je dis “bien des années après” je parle de ce matin quand il a eu vent de ça, quand il s’est mis en tête de récupérer ses lettres, quand il a décidé de les détruire.

– S’il le faut je ferai le tour du monde, s’il le faut je mordrai, s’il le faut je m’armerai, s’il le faut et quitte à y passer le restant de mes jours j’irai au bout de cet affront, a-il déclaré juste avant de descendre ce fleuve qui aurait été baptisé, disait-on, du nom de l’objet de ses lettres – hommage que Kwakizbak était cette fois prêt à effacer de la carte.

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
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première mise en ligne et dernière modification le vendredi 2 avril 2010