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kwakizbak #27


 
 
Depuis que Kwakizbak a trouvé un appartement il passe ses journées à s’arracher les poils du dos. Je dois quitter cette ville, pense-t-il. Pas d’amour, plus d’attaches, que des plats individuels dans le placard. Dans son sac est pliée en quatre une mappemonde. Le soir quand il la déplie, il tente d’imaginer à quoi ressemblent ces villes aux parfums si entêtants, surlignées en jaune fluorescent. Un matin il se décide enfin, fait ses affaires, écrit à son propriétaire qu’il ne rentrera pas de sitôt et sort. Au coin de sa rue il rencontre Ouildekud. Il fait demi-tour, son nouvel amour sous le bras et démonte la boîte-aux-lettres de son propriétaire avec un pied de biche. Une nouvelle vie commence.

– Ma peau est devenue sèche à force de parcourir les chemins de craie où parfois je dormais le cœur ouvert et plein de fatigue, lui chante-t-il alors, le kazou dans la poche. Ni les ronces, ni les poussières dans mes tasses en terre cuite n’apaisaient ma faim vagabonde, ma soif d’exilé. Le fleuve m’arrêtait, la blessure me sédentarisait, les vautours, les hyènes, les mouches me désiraient. Mes mains se crevassaient à force de passer les venelles aquatiques, les semelles retournées et mes épaules supportant d’autres lacets. Mes cheveux blanchis par la craie et les âges m’empêchaient de rejoindre la mer qui n’attend pas.

Ouildekud paraît émue mais elle a sommeil. Elle demande alors à Kwakizbak s’il peut éteindre la lumière. Le lendemain quand il se réveille elle a disparu, sa mappemonde et ses villes surlignées aussi.

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
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première mise en ligne et dernière modification le jeudi 18 février 2010