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kwakizbak #22


 
 
Kwakizbak faisait un brin de toilette, la savonnette s’est carapatée ; dans la cuvette il a plongé, quelqu’un est arrivé, l’a baptisé puis a commis l’irréparable.

Maintenant il ne voit plus rien. Depuis le fond du trou, par les canalisations, il tente de communiquer mais sa voix est si nasale et il y a tant d’écho quand il appelle Kudakud qu’elle ne le reconnaît pas. Elle pense d’abord que c’est une erreur mais les appels se répètent. Au bout d’une dizaine de jours Kudakud finit par prendre peur et demande à être mise sur écoute.

— Ma vie est en danger, dit-elle au lieutenant chargé d’examiner ce genre de plaintes, un dingue se paluche quelque part dans la ville à l’autre bout du fil ; un jour il débarquera chez moi en pleine nuit mais je serai trop faible pour me défendre alors je voudrai hurler mais j’aurai beau crier et crier, me débattre et tenter de le mordre, je ne parviendrai pas à lui échapper ; je n’ose plus pousser la porte de mon loft.

On sort Kwakizbak de son trou pour le mettre dans un autre.

— On peut dire que c’était du vite fait bien fait, dit la maréchaussée, qu’on a fait du beau boulot.

On se félicite de cet exploit, on décapsule des bières, on oublie de relever les horodateurs, on distribue des récompenses, on joue aux fléchettes avec le portrait-robot car ce soir, oui ce soir, clame la maréchaussée, on a mis aux arrêts un sérieux client.

— Comprenez-moi, votre Honneur, Kudakud au début de notre histoire était du genre à détourner par amour le cours d’un fleuve mais depuis de l’eau est passée sous les ponts, le fleuve est devenu une rivière, la rivière un ru, le ru une tranchée et c’est son regard qu’elle a fini par détourner de moi. Aujourd’hui elle se noie de l’autre côté du fleuve dans ses rivières de diamants.

Silence dans tout le tribunal. Chacun remplit sa déclaration d’impôts sur le revenu.

— Comme c’est compliqué d’aimer quelqu’un qui ne vous entend pas, confiera encore plus tard Kwakizbak au juge.

— On ne verra plus Kudakud, ni vous ni moi, finira par répondre le juge. D’ailleurs, au cas où vous ne l’auriez pas encore compris, j’ai demandé au narrateur de respecter cette sanction. Filez maintenant, filez avant que je ne change d’avis !

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
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première mise en ligne et dernière modification le mercredi 27 janvier 2010