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kwakizbak #19


 
 
Kudakud prétend que lorsqu’un bébé vient de naître des milliers d’étoiles dansent dans le ventre du ciel. Elle parle aussi de calme après la tempête dans le corps de la femme, d’un feu qui peu à peu laisserait place à de la braise chaude. Elle connaît les hommes, sait les faire parler. Elle a vu poindre le printemps dans le cœur de celui qui pour la première fois regarde dans les yeux son enfant et oublie sa peur de n’être rien. Elle parle de cheveux d’ange, d’une lune qui accoucherait d’une foule d’étoiles, d’un voile blanc qui s’élèverait dans le noir de la nuit et qu’une larme viendrait baptiser.

C’est ce que Kudakud dit sans cesse à Kwakizbak, elle qui ne voudra pourtant jamais avoir d’enfants. Dans ces cas-là, Kwakizbak regarde Kudakud sans parler, espérant qu’elle parvienne à deviner ce qu’il n’ose lui dire. Mais Kudakud, elle, aimerait plutôt l’écouter parler, pas l’écouter se taire. Alors, quand Kwakizbak la regarde comme ça, plein d’attente, Kudakud c’est de la douleur qu’elle ressent, une vie pleine de détresse qui ne parle pas, qu’elle ne peut atteindre, qu’elle ne saura jamais atteindre. Le silence de Kwakizbak n’est pas celui de Kudakud.

— Pourtant, il doit bien exister autant de silences que de langues différentes, dit Kwakizbak. Et je ne compte pas les dialectes. Ni les ruptures.

— Il doit bien en exister des milliers en effet mais je ne désire pas les connaître, dit Kudakud. Ce que j’aimerais plutôt c’est t’entendre toi, avec nos mots à nous.

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
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première mise en ligne et dernière modification le mardi 12 janvier 2010