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kwakizbak #18


 
 
Kwakizbak se creuse de plus en plus souvent la tête.

Il a beau faire, écouter les autres, réfléchir, il se demande bien comment conserver l’amour le plus longtemps possible. Il sait pourtant qu’une idée parfois naît d’un rien (comme on heurte le trottoir par exemple) ou d’une maladresse, d’un pari idiot, d’une mauvaise blague aussi et c’est sans doute quelque chose dans ce goût-là qui s’est passé. Une idée, semble-t-il, a germé toute la nuit.

Le matin arrive, Kwakizbak se lève et appelle son médecin traitant. Il est à peine installé qu’il lui demande comment il pourrait contracter la maladie d’Alzheimer. Je voudrais regarder chaque matin Kudakud comme si c’était la première fois. Le médecin ouvre la fenêtre et prie Kwakizbak de sortir.

Quinze jours plus tard, Kwakizbak n’a toujours pas trouvé le sommeil, il est à bout. Ces nuits blanches l’ont épuisé. Vais-je aller jusqu’au bout, s’est-il demandé plus d’une centaine de fois. Et chaque matin, la même rengaine : il est à peine debout que déjà il bout.

Mais ce matin est différent des autres.

— Cette fois je ne me coucherai pas devant l’adversaire, se promet-il.

Au poste de police il ne tient pas en place. L’agent le somme de s’asseoir plusieurs fois de suite, sinon il va vous arriver des bricoles jeune homme. Au bout du couloir un autre agent l’attend derrière un ordinateur.

— Je viens porter plainte contre Kudakud, dit-il d’un trait. Chaque soir elle me promet qu’on fera l’amour comme des bêtes et elle passe ses nuits à remplir des grilles de Sudoku.

— Je vais te faire remplir autre chose si tu ne déguerpis pas dans la seconde lui répond l’agent, connu des services psychiatriques pour onanisme chronique dans le cadre de ses pauses, néanmoins, syndicales.

Kwakizbak ne rentre pas de la nuit, il se saoule, parle avec des réverbères, des bicyclettes aussi, il se fait mal en heurtant un horodateur. Le lendemain, il ouvre la porte de chez lui. Kudakud est déjà levée et cernée.

— Voilà, lui dit-il, je me décide. Aujourd’hui, comme je suis ton roi, je vais mettre le feu à la baraque. On va à présent saisir dans son état naïf notre esprit comme au commencement. Au premier jour est arrivé Hasard duquel par un regard sont nés notre rencontre et nos espoirs dans la poussière de la nuit. Il faut attendre le quinzième jour pour voir la corolle de nos cœurs étendre les couleurs du jour nouveau. Rêve est le vingtième jour et Sel le centième. Aujourd’hui sept-cent dixième jour de voyage, il m’incombait de relire notre livre d’amour sur lequel je dessine une chandelle.

Sa reine le bouscule et l’immole.

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
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première mise en ligne et dernière modification le lundi 4 janvier 2010