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enfantines #8


 
 
C’est la nuit, Nonno t’a refilé sa manie de tout brûler.

Il faut tout cramer, il dit ça fait du bien de voir partir dans le vent tous ces trucs qui prennent de la place et la fumée noire que ça fait, il dit aussi, les voisins n’aiment pas tellement mais je m’en fous c’est mes trucs à moi que je brûle pas leurs saloperies.

Tu ouvres la cuisinière à bois pour y jeter un papier quelconque, un torchon prend feu, tu ne parviens pas à l’éteindre, tu te brûles, la cicatrice sur le doigt des semaines durant, panique à bord, le feu s’étend, tu ne seras jamais pompier, regards noirs, pipilédentoli.

Tu ne dors pas, tous les soirs le même cirque. Tu aimerais avouer à Nonno que tu veux être comme lui : tu veux flamber.

Tu allumes la radio, tu la colles à ton oreille, va pas te faire choper. Max Meynier et ses amis les routiers te parlent. Quand tu es né il a commencé son émission, ça rapproche, et tu adores les histoires que racontent les chauffeurs, ils ont des noms étranges, des Gégé67 et des Lulu93 à la pelle qui parlent de Charlie et de Bravo et de Tango, alors tu penses que toi aussi plus tard tu rouleras de nuit et que toi aussi tu auras une citizen-band et que toi aussi tu appeleras Max Meynier pour avoir quelqu’un à qui parler et que plus tard encore quand tu seras rentré à la maison toi aussi tu iras dans ton jardin et que toi aussi tu écriras une lettre qu’il lira à ceux qui n’arrivent pas à dormir : tu leur diras que Nokor90 pense à tous les autres corps qui roulent tout le temps tout seuls, tu leurs diras je pense à vous, je vous protège : tant que je pense à vous il ne pourra rien vous arriver.

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
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première mise en ligne et dernière modification le mardi 7 décembre 2010