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plis


 
Nos corps ne s’en sortent, mots dedans ne peuvent, ne savent où, lesquels, iTunnel, ampoule grillée ; cherchant la sortie depuis l’arrière guichet ils tombent sur une tortue, sa patte antérieure gauche levée, immobile : à quoi pense-t-elle, à quel moment la reposera-t-elle sur le sol, pourquoi avancer à nouveau ? Pas de carapace nos corps, se débrouiller sans, même si attente similaire parfois, main gauche au-dessus du clavier, figée, la droite posée sur la souris ; doigts qui tremblent, pourtant ça tambourine dedans – il n’y a pas rien, non pas ça, mais le trop se fait soudain rien : bien avancés avec ça, disent-ils. Y aurait-il colère, fatigue (mot fourre-tout), lassitude, dégoût, dérive ? À quoi rime ce cirque rentré en désordre ? L’envers du contre, l’avant de l’errance ?

La tortue est sortie du champ de vision et nos corps rivetés au souffle se mettent à fouiller dans les plis du temps au front duquel ramener une mise en voix. Cymbales, oracles, respirations à ordonner : où se cache cette phrase qui n’aurait pas fait mouche et aurait enflé ? si pas phrase, quels mots cachés (un seul peut-être, ou celui qui manquerait) nos corps attendent ? Là peut-être que le travail commence : chercher le mot non prononcé, lui trouver prothèse en allant le dénicher parmi ces autres-là dans ce parc où nos corps savent si bien les élever, malgré bon grain cloné, dans cette batterie de sens pas fiables mais consommables, dans cette réserve où faire illusion en attendant.

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
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première mise en ligne et dernière modification le dimanche 27 février 2011