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corpus christophe

 
 
les pétrolettes à qui on a scié le pot, les scooters, les grosses cylindrées, les camions des convoyeurs de fonds, le 102, les camions-poubelles, les Vélib’ non ;

la méridienne,

la sirène des pompiers, des flics, des ambulances, du spécialiste du contrôle technique, votre radioréveil non ;

le canapé bleu,

les haut perchées, les fortes en gueule, les sauvages, celles qui s’arracheraient leurs poumons à force de rire, des enfants/parents qui partent à/ rentrent de/ l’école, des XX et les XY au téléphone dans la cour, des livreurs, les gutturales non ;

la baignoire,

les aboiements du gros-chien-qui-fait-peur-mais-qu’est-gentil-faut-pas-vous-inquiétez, ceux de l’autre qui pourrait entrer dans une boîte-aux-lettres, les chattes en chaleur, les merles, les corbeaux et les poules depuis peu, les mouches, les moustiques, les abeilles parfois, les microbes non ;

le lit :

l’harmonica du voisin d’en face, la guitarra flamenca de celui qui donne sur la rue, Antonio Caldara chez S., Boney M. sur la terrasse à trois heures du mat’, le groupe de rock qui répète rue Désiré Préaux non ;

quelque chose

la fermeture-éclair de la trousse, le tabac à rouler, les feuilles, le filtre, le briquet, le cendrier qui tombe, les habitués du bar-tabac non ;

s’est déchiré

bouquins et carnets, magazines et revues, dépliants et journaux (fffffff), le livre électronique, le netbook, le gros Mac, le smartphone (clicliclic), la mise en bouche d’écritures, l’impression de parler à quelqu’un c’est aussi un travail, pas le même mouvement, les portes du métro qui se referment (tuuuuuuut) non ;

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les invités du jour, les chroniques par téléphone, les pieds sur terre ou sur les docks, les écrivains qui sont des écrivains surtout quand ils écrivent, les spécialistes des corps qui aimeraient être secoués, des allumés de la formule, des rescapés de l’hiver, les musiques et chansons sur FIP, NOVA et MARELLE, les discussions autour de la machine à café non ;

et, depuis,

tiroirs et portes qui grincent, l’opercule du plat cuisiné, le bip du micro-ondes, le verre et les couverts sur l’assiette, la cuisine collective non ;

mon corps et moi

le frigo par intermittence, la pendule IKEA, la partie de ping-pong dans les tuyaux, la chasse d’eau qui fuit, le robinet qui goutte, le bois qui travaille, une feuille qui s’ouvre et le fait savoir aux autres, la pluie, le vent, la grêle, la porte d’entrée, vos pas dans l’escalier quand vous rentrez, les bruits de couloirs non ;

sommes proches

les sifflements dans la narine gauche, les borborygmes, les articulations qui craquent, les frottements, la toux, la hernie discale non.

de la rupture.

 


Ce texte a fait l’objet du première publication dans le sixième numéro de la revue numérique de création D’ici là en décembre 2010 (l’immobilité de celui qui écrit met le monde en mouvement). Grand merci (une nouvelle fois) à Pierre Ménard.

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
BY-NC-SA (site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)
première mise en ligne et dernière modification le jeudi 27 janvier 2011