christophe grossi & invités

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action


 
Nos corps fous se jettent en rouleau de printemps dans l’écume en boule et digèrent l’amer. Nos corps fins explosent aux quatre vents, mouvement retour, et dans le coffre ils reconnaissent un puzzle de bras. Nos corps caméra, bobines en relief, se reflètent dans la tour, le couloir, en ombres chinoises. Nos corps hantés sous la porte longtemps supportent le rêve en braille mais la perle de sueur, le matin, les rend tout autres. Nos corps serres sont matés jusqu’au foie : demain il faudra recommencer tout contre. Nos corps plusieurs cherchent mots sur des post-it, mais alors où est celui qui parle ? couverture dis-toi. Nos corps loups se faussent, hirsute le lion, cherchent la sortie, bien mauvaise l’idée. Nos corps attendent virgule, changent de direction, se lisent comme interlignes au passage. Nos corps denses sur la piste, questions de point de vie, restent au large de nulle part. Nos corps cisaillent ciboulette et sourcils, ils raseront gratis au jardin bleu de Chine. Nos corps rampent la langue pendante, face n’est rien sans l’appel de la forêt entendent-ils : longtemps qu’ils s’en doutaient. Nos corps doux se demandent que faire avec ce regard qui treuille, l’envers accroché, et reculent au ralenti. Nos corps s’érigent, escalator de voix, haute-contre au plafond, attention à l’accueil au creux. Nos corps sans hymne au désert décomposent le règlement des contes cruels. Nos corps foulent la ville en face à marche forcée, demain boiront le ciment, c’est noir l’ici disent-ils. Nos corps s’exportent, oublient regards en coin et font leur toile, manque de synchronisation. Nos corps ferraillent, dérouillés se cassent, compriment les vitrines et devinent la ruine. Nos corps se tournent, trop lente la sortie, dernier virage, leur peau en rafales. Nos corps s’espacent mais le phare de la falaise les retrouve, alors la nage indienne n’y comptez pas trop non. Nos corps se séparent et se recomposent au rayon vert, langue dune dos à deux, en silence, pas toujours.

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
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première mise en ligne et dernière modification le mercredi 12 janvier 2011