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les arbres


 
Nos corps se signent, s’esquivent, s’esquintent, s’esquissent, s’escriment en simagrées à l’hémistiche, se tapent sur les cuisses mais les marques sur le corps des autres, ils ne les aiment pas trop.
Deux boiteux qui se croisent ne font d’ailleurs pas bon ménage et ne s’embrassent guère.
Parce que nos corps voient la marque de la mort partout.
Qu’ils vont rarement fouiner dans les ruines de leurs caresses.
 
 
Nos corps veulent bien collectionner les fossiles mais ils abandonneront sans pitié leurs blocs, leurs cassures, leurs débordements aux générations futures.
 
 
Les arbres, si, nos corps les bichonnent :
ils y collent leurs ancêtres,
ils y scotchent leurs médaillons,
ils y patafixent leurs origines sur du carton-plume aquarellé pour l’occasion.
Mais des blancs apparaissent toujours
– comme chez eux, comme dans leurs histoires.
 
 
Et ils ripolinent

leurs hontes,
comme leurs plinthes,
en blanc ;

leur désamour
comme leurs murs,
en blanc ;

leurs pertes
comme leurs portes,
en blanc.
 
 
Nos corps aiment blanchir.
La chaux serait préférable.
Alors ils absorbent, se roulent dans la mousse et l’humus, ils écument, s’enroulent dans les lianes de traditions.
Mais il n’est pas rare d’en retrouver pendus.
 
 
On prétendrait que nos corps ne se rendraient pas compte de la portée de leurs actes.
 
 
Nos corps, des déportés par anticipation si on n’y prend pas garde.

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
BY-NC-SA (site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)
première mise en ligne et dernière modification le lundi 25 octobre 2010