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traverser #3

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(Douze, treize, quatorze.)

Au début tu avais dû espérer d’eux un peu d’attention. Sûr, te connaissant, que tu avais eu cette prétention. Et c’est sans doute pourquoi tu avais agité dans le vide cette main qui tremblait toujours un peu plus et avais entrepris de drôles de mouvements, gestes imprécis, mystérieux, difficilement déchiffrables, sortes de moulinets d’apprenti escrimeur. Mais ça n’avait pas marché, personne ne s’était arrêté pour autant. Non pas parce que c’était toi mais parce que tu n’étais pour ceux-là qu’une silhouette de plus dans le décor et, qui plus est, bien trop âgée pour intéresser quiconque dans sa bagnole. Tu savais pourtant bien que depuis la nuit des temps les gens de ce bled s’arrangeaient pour isoler les vieux le mieux possible, les oublier dans un coin, les emprisonner ou les empoisonner. Impossible de compter sur eux, tu n’aurais pas dû oublier ça. D’ailleurs, peut-être avais-tu été comme eux avant, quand tu étais encore jeune, non ? Tu ne m’as jamais rien dit. Je ne t’ai jamais posé la question du reste.

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
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première mise en ligne et dernière modification le samedi 9 avril 2011