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plus un mot, plus un mot


 

J’imagine qu’il faisait nuit déjà quand ils ont pris la décision de sauter. Son texte, phrases ressassées, sûr que Robert le connaissait par cœur, comme sa chanson à elle.
Depuis le matin, depuis que Sophia la napolitaine avait fait son entrée, il ne pensait qu’à elle, Volare, cantare, ouo ouo ! et il aimait déjà son Italie, loin des peintures des grands maîtres, des allers et retours incessants et des promenades dans la neige le jour de Noël. Il s’apprêtait néanmoins à refaire un grand voyage. Avec elle, il aurait été prêt à tout mais deux mètres le séparaient de sa principessa. Et pour lui, dans son état, deux mètres c’était beaucoup.
Il savait qu’il devait agir cette nuit, que le lendemain elle serait peut-être déjà loin. Tiens, voilà un clair de lune ; on dirait que les astres sont avec moi. Alors il a fermé les yeux. Il est est tombé la tête la première. Scheiße ! j’ai dû me froisser quelque chose. Il a rampé jusqu’à Sophia, l’a appellée, ouh ouh, ouh ouh, a prononcé quelques mots en allemand, plus doux.
Quand Sophia l’a vu au sol, maintenant qu’elle dominait la situation, elle a pensé, ce chevalier est bien mal en point mais je les aime comme ça, courageux.
Elle n’avait qu’à sauter dans ses bras.
A-t-elle chanté ?
Qu’a-t-elle chanté ?
Elle a chanté, s’est envolée.
Cet amant je le veux.
« Venez. Sortons dans la nuit d’hiver. Dans la forêt qui gronde. J’ai tant de choses à vous dire. Savez-vous que je suis votre pauvre, votre heureuse prisonnière ? Plus un mot, plus un mot. Venez – »

 

écrit ou proposé par Christophe Grossi - @christogrossi
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première mise en ligne et dernière modification le lundi 30 août 2010